Édito : “Sous mon sein, la grenade…”

Le dossier de ce numéro sur les centres de prise en charge holistique a eu un impact important sur chacune des journalistes qui y ont participé. Témoignages, interviews, photos… Chaque regard de femme ou d’enfant nous a une fois de plus changées et a changé le regard que nous portions sur le monde. Si nous avons voulu au coeur de ces pages montrer l’espoir et la vie retrouvée, nous ne pouvons étouffer la colère qui est la nôtre face aux mutilations atroces que vivent les femmes partout dans le monde et particulièrement en RDC. Le monde est un terrain de jeu pour des hommes à la masculinité toxique. Depuis la nuit des temps, les hommes se présentent comme ceux qui protègent les femmes. Ils font la guerre, chevaliers et soldats pour protéger leur princesse… Foutaise. Ils enferment les femmes dans des forteresses bien gardées sous prétexte de les protéger. Ces prisons rouillées de stéréotypes sont surtout des moyens de contrôler leur corps et leur vie. Ne nous protégez pas, désormais on s’en occupe nous-mêmes… Honnêtement, je me suis posée la question en voyant que les femmes afars à leur tour prennent les armes. Que peuvent-elles bien faire d’autres en pleine […]

La Maison des femmes à Saint-Denis (93)

“Une femme victime de violences violences vit dans un univers éclaté. Elle doit agir dans de très nombreux champs de sa vie…” Ghada Hatem, médecin-cheffe de la Maison des femmes La Maison des femmes a ouvert ses portes en juillet 2016, après trois ans de gestation de sa fondatrice Ghada Hatem. Trois mille femmes ont été accueillies la première année, puis quatre mille les années suivantes et enfin près de cinq mille en 2020. Autant de femmes prises en compte dans leur entièreté pour retrouver leur intégrité physique et psychologique essentielle à une nouvelle vie. Dans votre parcours, quels faits, quel constat vous ont conduite à engager la création d’un lieu dédié aux femmes victimes de violences ? Mon parcours est un parcours de gynécologue-accoucheuse classique, ayant travaillé dans différentes maternités publiques. Cela m’a permis de rencontrer des femmes de toutes origines et classes sociales. Et l’intimité que permet ce métier m’a fait comprendre que rien ne protège une femme d’un conjoint ou d’une famille violente, que les difficultés que traversent ces femmes sont identiques et ont un impact sur leur santé. J’ai eu l’occasion dans ma carrière de créer divers parcours de soins pour la prise en charge des […]

Voir leur peine se transformer en courage

Denis Mukwege, médecin gynécologue, Prix Nobel de la paix 2018, était l’invité le 14 octobre 2021 de la journaliste Laure Adler dans sa mythique émission L’heure bleue. L’occasion de revenir, entre autres, sur l’approche holistique qui s’est imposée à lui dans sa pratique à l’hôpital de Panzi et dans les centres qui en dépendent, La maison Dorcas et La Cité de la joie. Extrait. “Nous sommes arrivés à la prise en charge holistique des femmes victimes de violences sexuelles parce que nous étions confrontés à un véritable problème depuis l’ouverture de l’hôpital de Panzi en 1999. Une femme qui vient avec des blessures au niveau de l’appareil génital, elle est incontinente et lorsqu’on fait une bonne chirurgie, elle retourne à la selle normalement. […] Comme médecin on est vraiment satisfait, on a fait un travail vraiment formidable. Mais ce qu’on a découvert c’est que ce traitement réservé à ces femmes n’était tout simplement qu’une toute petite partie de ce qu’il faut faire quand une femme a subi un viol avec extrêmes violences. Par exemple, cette femme se retrouve seule, elle avait cinq enfants et ils ont été assassinés en sa présence et souvent son mari aussi. […] Lorsqu’on traitait ces […]

Édito : Vendre un homme pour donner des femmes…

Ainsi va la vie dans ce parfois triste monde. Alors que les Talibans entraient dans Kaboul faisant peser sur les Afghan.e.s et notamment les femmes la menace d’une violente répression, d’une vie sans liberté, nous apprenions que l’attaquant français du PSG, Kylian M’Bappé, pourrait être « vendu » d’ici quelques mois au Real Madrid pour la somme minimum de sa valeur marchande, soit 160 millions d’euros. Dans le même temps, les Talibans version 2021 n’hésiteront pas à « donner » des femmes à leurs combattants comme on « offre » des objets pour les récompenser. Les hommes valent cher quand les femmes ne valent rien. Jusque-là, pas d’effet papillon, rien ne semble corréler ces deux informations si ce n’est, à y regarder de plus près, la honte et le cynisme. Les Qataris sont bien à la manoeuvre dans les deux cas. Le président du PSG est Nasser al-Khelaïfi, milliardaire qatari nommé ministre sans portefeuille du gouvernement du Qatar en 2013 et donc proche du pouvoir. Ce même pouvoir est celui qui a accueilli et protégé à Doha le bureau politique des Talibans qui préparaient la prise de pouvoir du 15 août, dont l’un des fondateurs de l’organisation terroriste et actuel […]

Afghanistan – Ne nous résignons pas !

Il y a quelques semaines, au coeur de l’été, nous ouvrions nos colonnes à notre amie Shoukria Haïdar, Présidente de l’association Negar – Soutien aux femmes d’Afghanistan, militante afghane pour les droits des femmes en Afghanistan et dans le monde que nous connaissons depuis la fin des années 90. À cette époque, nous relayions le combat qu’elle menait avec des associations françaises, dont Femmes solidaires, pour ouvrir des classes clandestines en Afghanistan. Puis nous avons partagé l’espoir d’une vie meilleure après la chute des Talibans. Il y a quelques semaines, elle lançait un nouvel appel dans notre magazine, appel à la vigilance, appel d’urgence et de détresse devant l’avancée des Talibans sur Kaboul. Nous pensions avoir quelques semaines, quelques mois pour relayer la parole des Afghanes et créer un rapport de force dans notre pays et dans le monde. Les Talibans sont entrés dans Kaboul dès le 15 août, trois semaines avant la date stipulée dans le pacte américano-taliban de Doha, pacte qui prévoyait que les clés du pays soient rétrocédées à ce groupe terroriste. Quel cynisme, quelle infamie, quel mépris pour les droits humains ! Cette passation faite entre une démocratie et un groupe terroriste, totalement assumée aux yeux […]

La pop culture délivre (aussi) !

Anne Isabelle François est maîtresse de conférences de littérature comparée à l’université Sorbonne Nouvelle. Spécialiste de la culture populaire, ses recherches portent également sur les études de genre. Passionnante et pédagogue, elle revient avec nous sur les intersections entre féminisme et pop culture… Comment définissez-vous la culture populaire ? On définit la culture populaire par opposition, de manière négative : la culture populaire, c’est ce qui n’est pas (légitime, canonique, reconnue, comme étant de qualité). La plupart des définitions dont on dispose sont par soustraction. Mais populaire cela signifie aussi que ce sont des œuvres qui rencontrent un très grand succès, des livres lus et des films vus par tout le monde. Peut-on dire que la culture populaire a mauvaise réputation ? On assiste depuis une vingtaine d’années à toute une série de phénomènes qui visent à montrer l’importance et la légitimité de ces pratiques. Cette analyse est basée sur des outils dont on dispose : en particulier, la grande enquête menée par le ministère de la Culture (enquête sur les pratiques culturelles des Français) qui révèle l’omniprésence de cette expression culturelle. On est dans une phase de dé-hiérarchisation des pratiques et des objets culturels, ce qui change le jugement […]

Édito : Mes larmes sèchent d’elles-mêmes…

Il y a maintenant dix ans, Amy Winehouse disparaissait. Amy Winehouse, une musicienne géniale dont la voix vient nous chercher dans nos propres émotions. Amy, juste une fille submergée par ses sentiments, juste une fille définitivement insolente, qui a sublimé ses souffrances dans la musique qu’elle a créée et les mots qu’elle a hurlés à la face du monde. Elle a laissé comme une plaie béante dans la musique, dans tant de vies d’artistes, et surtout de fans. Pourtant, tout ce talent, ce manque d’elle, n’a pas vraiment compté pendant dix ans. Tout ce qui a intéressé les critiques, la presse et ses tabloïds c’est l’alcoolisme d’Amy Winehouse. Combien de comiques, de présentateurs de télé l’ont citée ou imitée à chaque fois qu’ils avaient l’occasion de parler d’alcool ou de drogue. Amy Winehouse a été le plus souvent essentialisée par ses démons, ses addictions, caricaturée, maigre, saoule et titubante… Le 23 juillet 2011, elle rejoignait le « club des 27 », ces artistes mythiques du rock et du blues disparu.e.s à l’âge de vingt-sept ans dont parmi les plus connu.e.s Jim Morrison, Kurt Cobain ou encore Jimi Hendrix sont tous morts en victimes directes ou indirectes de leurs addictions. Pourtant, […]

Ces planqués derrière l’écran…

Entre le 7 et le 14 mai, l’Anti defamation league (ADL) a recensé plus de 17 000 messages sur Twitter avec la phrase – et variantes – : « Hitler avait raison. » Adeel Raja, un pigiste de CNN au Pakistan, lui, a posté sur les réseaux : « Le monde aujourd’hui a besoin d’un Hitler. » CNN a immédiatement mis fin à toute collaboration avec cet auteur admiratif de l’extermination des juifs. Ici, le 18 décembre 2020, c’est une candidate de Miss France, April Benayoum qui, le soir de l’élection, a reçu un déluge de messages de haine après s’être présentée « d’origines assez variées avec ma mère serbo-croate et mon père israélien-italien ». Dans ce florilège : « Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence », « Ne votez pas Miss Provence, raison : ELLE est juive » ou encore « Miss Provence a un lien avec Israël, allez dégage-moi ça ». Le procureur de la République ayant rapidement été saisi, neuf personnes dont une mineure ont été identifiées, placées en garde à vue ce 17 mai par le pôle national contre la haine en ligne et seront jugées le 29 septembre. Ces planqués derrière l’écran pourrissent les […]

“Il y a une génération de jeunes filles avec un langage de courage et une volonté de faire”

Rencontre avec Shoukria Haidar, présidente de NEGAR – association de soutien aux femmes afghanes –, qui est une fervente défenseure de la laïcité, de l’égalité entre hommes et femmes ; en 2014, elle a reçu le Grand Prix international de la Laïcité. Joe Biden a annoncé le retrait total des troupes américaines en Afghanistan, bonne ou mauvaise nouvelle ? Mise à part la date, Joe Biden n’a rien amené de nouveau. Cette décision est celle de Donald Trump, lors d’un accord avec les Talibans de décembre 2019. Le scandale est que les États-Unis ne négocient pas avec le gouvernement mais directement avec les Talibans. Depuis l’accord entre les Talibans alliés du Pakistan et les USA, pas un caillou n’a été jeté contre des soldats américains. Alors que, dans 22 régions sur 34, il y a déjà des affrontements entre les Talibans et les troupes régulières afghanes soutenues par le soulèvement populaire. Des exactions sont commises chaque jour par les Talibans contre la population dans l’indifférence totale des Américains. Alors, leur présence n’a plus le même intérêt. Les Américains ont décidé de passer la main aux Talibans une fois partis. Sous Obama, les Américains disaient qu’ils avaient des intérêts communs avec […]

Édito : Pas d’universalité des droits en terre inconnue

Un nouvel épisode de l’émission Rendez-vous en terre inconnue est diffusé ces jours-ci. Cette fois encore, un invité prestigieux part à la découverte d’un peuple dont les coutumes et les usages lui paraîtront curieux, ce qui donnera des scènes cocasses dont les téléspectateurs de France 2 sont friands. Dans cet épisode, c’est le chanteur Vianney, joli cœur à la guitare, qui vient à la rencontre du peuple afar en Éthiopie. Nous avons très souvent parlé des femmes afars dans votre magazine et, notamment depuis quinze ans, de leur combat contre l’excision et le mariage préférentiel et précoce des enfants. Dans chaque pays où nous nous rendons, nous ne cessons de le crier : il y a des femmes qui luttent pour leur droits et leur dignité dans le monde entier. Notre job est de relayer leur parole. Mais dans tous ces pays, il y a aussi des hommes qui, nonchalamment, aimeraient bien voir leurs prérogatives et leur domination perdurer. Ainsi dans cette émission, au détour d’une conversion entre « bonzhommes », le chanteur et Raphaël de Casabianca, l’animateur, ont découvert dans un échange avec un des hommes de la communauté des pratiques exotiques passionnantes – à savoir la polygamie, le […]

Justice et vérité pour les Amazones

Les amazones fascinent. Elles sont encore aujourd’hui, dans nos sociétés, au cœur des représentations des femmes émancipées. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, s’est lancée à la poursuite de ces guerrières sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Comme toutes les figures légendaires, les amazones doivent leur renommée, les siècles passant, aux légendes écrites à leur sujet. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, leur consacre un ouvrage : Les amazones – Quand les femmes étaient les égales des hommes. Cette historienne s’intéresse à l’impact des découvertes archéologiques sur la création de figures mythologiques légendaires comme le griffon ou la licorne. Elle a croisé la route des amazones. Dans cet ouvrage, elle rassemble l’exhaustivité de ses recherches qui mènent à deux conclusions : les amazones ont vraiment existé, elles appartiennent à un peuple des steppes, mais leur vie est bien loin des figures légendaires qui sont arrivées jusqu’à nous. Leur peuple, les Scythes, s’est vu réécrire son histoire par un autre peuple, les Grecs anciens, dès le 8e siècle avant J.-C. Et les Grecs « créèrent » les amazones La vision principale des amazones est une vision « hellénocentrique », fruit d’une réécriture par des auteurs de la Grèce ancienne […]

“S’unir, se compter et peser sur les instances et les rédactions”

Laurie Delhostal est journaliste sportive. Son regard sur la place des femmes et leur vécu dans ce journalisme particulier l’a conduite à co-fonder l’association Femmes journalistes de sport pour faire bouger les lignes. Entretien. Vous avez fait une prépa hypokhâgne, khâgne, des études de philosophie, pourquoi cette envie d’aller vers le journalisme télé ? Dans mes études, la philo a été centrale. J’ai une licence et une maîtrise de philo, ça s’appelait comme ça à l’époque ! Je ne peux pas dire que depuis toute petite je voulais faire ce que je fais. J’ai le sentiment de m’être plus laissée porter par mes idées du moment, les opportunités que j’ai saisies. Je me suis dit que ce qui me correspondait le plus, parce que j’aimais écrire, parce que j’étais curieuse, c’était le journalisme. Je me suis orientée tout de suite vers le sport car c’est ma passion. J’ai grandi dans un environnement très sportif : le handball. Donc je me suis dit je vais essayer. J‘ai fait mon premier stage dans l’entreprise Sport-Ever pour les sites internet qui a ensuite ouvert la chaîne Orange-sport et on m’a proposé un poste de journaliste sportive télé. Je n’avais pas forcément envie de […]

Édito : Sauvagement, prendre la parole

Que serait ce magazine sans des prises de parole spontanées, sans préséance, paroles de victimes, de femmes en colère, d’hommes indignés, d’enfants trop longtemps murés dans le silence ? Ces prises de parole de témoins directs ou indirects de la souffrance humaine sont la quintessence de notre travail de journalistes. Que serait un magazine féministe sans la parole sauvage, au sens de sans contact préalable avec l’espèce humaine ? La parole féministe a ceci de singulier, à l’opposé de certains autres témoignages spontanés, qu’elle a pour ambition de changer le monde, de renverser les rapports de domination. L’intégralité des articles que vous lirez une fois de plus dans ce numéro sont nés de la rencontre improbable mais bien réelle entre la libération de paroles et la volonté des interlocuteurs et interlocutrices d’accueillir cette parole qui naît avant toute chose d’un trop-plein de sentiments outrageusement contrastés. Ce trop-plein de mots restés dans le fond de nos gorges voyage très souvent dans un mouvement non scientifiquement prouvé et sans explication tangible, de nos bouches vers nos doigts pour se transformer en écriture et devenir des livres. Ce trop-plein d’images se déplace par le même procédé de nos yeux vers notre main tremblante […]

Libérer la parole, protéger les enfants

Édouard Durand, vice-président du tribunal de Bobigny en Seine-Saint-Denis, juge des enfants, a été nommé le 23 janvier par le Président de la République à la tête de la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants*, avec Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru, spécialisée dans l’accompagnement de jeunes victimes d’inceste. Entretien. En quoi consiste cette commission ? Qui la compose ? Comment va-telle travailler ? La commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants doit participer à l’élaboration de la politique publique de protection à partir de l’attention qui doit être accordée à la parole des victimes qui disent les violences sexuelles qu’elles ont subies dans leur enfance. Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru et moi, avons la conviction que si des femmes et des hommes éprouvent la nécessité de révéler les violences sexuelles qu’ils ont subies dans leur enfance c’est peut-être d’abord pour protéger les enfants aujourd’hui et demain. Elle est composée de personnes expertes et engagées à la fois, médecins, psychologues, juristes, enquêteurs, responsables en protection de l’enfance, de chercheurs et de membres associés qualifiés qui ont connu ces violences. C’est un collectif qui partage la même volonté de renforcer ce […]

“C’est dans Charlie que j’ai trouvé la vision du féminisme qui me correspondait.”

Alice, dessinatrice de presse, travaille à Charlie Hebdo depuis mai 2018. Elle préparait les Beaux-Arts quand un professeur lui a proposé de suivre un atelier à la Comédie française avec des dessinateurs de Charlie. L’occasion rêvée de pouvoir montrer son travail. Comme celui-ci reçoit une bonne critique, elle ose solliciter un stage. Aujourd’hui, elle s’y épanouit pleinement, enthousiaste à l’idée de relever tous les défis en dessin. Quelques mots sur ton parcours ? J’ai passé mon enfance en région bordelaise, en nageant un peu hors du monde. À l’adolescence, je ne pense pas beaucoup à autre chose que la piscine et les garçons. Une fois le bac d’Arts appliqués en poche, j’ai hâte de prendre le chemin de mon indépendance, m’installer à Paris, ville des grandes écoles et porte d’entrée pour réaliser mes rêves de carrière professionnelle. Mes parents, tout deux psys, sont inscrits dans un engagement politique qui ne m’a jamais débordée dans le sens où ils ne me l’imposaient pas. Ils me disaient juste : fais marcher ton cerveau, c’est suffisant. Arrive le 7 janvier 2015, je le prends en pleine tête, j’ai dix-sept ans. Ce jour-là, il m’a fallu malheureusement rentrer dans une vie d’adulte, j’ai voulu […]

Édito : Pas des filles faciles dans ce numéro

Alors que j’apprenais la disparition de d’Anne Sylvestre, notre soeur Anne, je voulais entendre sa voix, pas seulement l’écouter chanter mais entendre réellement ses phrases, ses mots, ses silences. Je choisissais l’interview “sans concession” donnée ou plutôt offerte à Laure Adler lors d’une Heure bleue. Et la journaliste un rien badine et ironique, de féministe à féministe, de lui dire : “Vous ne devez pas être une fille facile ?” et Anne Sylvestre, donnant de la profondeur à sa voix, de lui répondre : “Je n’aurais pas fait ce métier et je serais morte depuis longtemps si je ne m’étais pas défendue.” Quelques jours plus tard, alors que je décidais de rendre un hommage mérité à Nelly Kaplan, réalisatrice du film culte La fiancée du pirate, j’écoutais de nombreuses interviews. Et, là encore, la réalisatrice rapportait les paroles de son père : “Tu ne peux pas continuer à vivre la vie que tu mènes…” et elle de continuer : “Je ne sais toujours pas quelle vie je menais mais il paraît que j’étais une révoltée. Il m’a dit : “ Ou tu changes ou tu t’en vas.”” Encore une fois une fille pas facile. Enfin, je croisais le destin de […]

Black et women empowerment par la pop culture

Enseignante, journaliste spécialisée dans le rock et la pop culture, enseignante de littérature à l’annexe française de l’université Columbia, Sophie Rosemont signe un livre qui fait date en France : Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine. Son dernier ouvrage Girls Rock avait donné un coup d’éclairage nécessaire et salutaire sur la place des femmes dans le rock. Elle revient avec Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine, un ouvrage documenté, universitaire, sur l’empowerment des artistes de la pop culture noire américaine et particulièrement des femmes. Entretien. Vous expliquez avoir commencé ce livre avant le meurtre de George Floyd, mais comment est-il né ? En fait, je m’intéresse à la pop culture depuis très longtemps en parallèle à mon travail sur le rock et notamment les femmes dans le rock. J’étudie et enseigne la littérature noire américaine avec des autrices comme Toni Morrison. Avec l’écriture de Girls rock, j’ai répertorié des artistes qui pouvaient rentrer dans une livre sur la pop culture noire américaine comme Rosetta Tharpe. Et puis, il y a quelques années, j’ai travaillé sur le black empowerment, me rendant compte qu’il se féminisait avec notamment des artistes comme Beyonce. Comment avez-vous travaillé ? […]

Et l’évolution créa la femme

La domination masculine est parfois présentée comme un fait naturel qui viendrait de notre évolution et/ou de notre famille : les primates. Qu’en est-il réellement ? Le paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France Pascal Picq tente de répondre dans son dernière ouvrage Et l’évolution créa la femme. Il y compare de façon inédite notre espèce à nos cousins les singes. Entretien. Dans la recherche sur l’origine des discriminations et de la coercition masculine, votre ouvrage est le premier à établir un comparatif avec nos cousins les primates. Comment l’expliquez-vous ? Nous sommes complètement bloqués sur l’idée que toutes les recherches sur notre espèce ne peuvent être axées que sur l’humain, nous n’avons pas à aller chercher ce qui se passe chez les singes et les grands singes pour comprendre notre espèce. Pour des raisons liées à notre culture en France, à notre postulat cartésien qui dirait que « l’homme n’a rien à voir avec les autres espèces », à notre dualisme entre l’homme et l’animal, entre l’inné et l’acquis, entre la culture et la nature, nous n’avons pas de grande école sur la primatologie et l’éthologie constituée, contrairement aux pays anglo-saxons et germanophones. Cela ne veut pas […]