Ces planqués derrière l’écran…

Entre le 7 et le 14 mai, l’Anti defamation league (ADL) a recensé plus de 17 000 messages sur Twitter avec la phrase – et variantes – : « Hitler avait raison. » Adeel Raja, un pigiste de CNN au Pakistan, lui, a posté sur les réseaux : « Le monde aujourd’hui a besoin d’un Hitler. » CNN a immédiatement mis fin à toute collaboration avec cet auteur admiratif de l’extermination des juifs. Ici, le 18 décembre 2020, c’est une candidate de Miss France, April Benayoum qui, le soir de l’élection, a reçu un déluge de messages de haine après s’être présentée « d’origines assez variées avec ma mère serbo-croate et mon père israélien-italien ». Dans ce florilège : « Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence », « Ne votez pas Miss Provence, raison : ELLE est juive » ou encore « Miss Provence a un lien avec Israël, allez dégage-moi ça ». Le procureur de la République ayant rapidement été saisi, neuf personnes dont une mineure ont été identifiées, placées en garde à vue ce 17 mai par le pôle national contre la haine en ligne et seront jugées le 29 septembre. Ces planqués derrière l’écran pourrissent les […]

“Il y a une génération de jeunes filles avec un langage de courage et une volonté de faire”

Rencontre avec Shoukria Haidar, présidente de NEGAR – association de soutien aux femmes afghanes –, qui est une fervente défenseure de la laïcité, de l’égalité entre hommes et femmes ; en 2014, elle a reçu le Grand Prix international de la Laïcité. Joe Biden a annoncé le retrait total des troupes américaines en Afghanistan, bonne ou mauvaise nouvelle ? Mise à part la date, Joe Biden n’a rien amené de nouveau. Cette décision est celle de Donald Trump, lors d’un accord avec les Talibans de décembre 2019. Le scandale est que les États-Unis ne négocient pas avec le gouvernement mais directement avec les Talibans. Depuis l’accord entre les Talibans alliés du Pakistan et les USA, pas un caillou n’a été jeté contre des soldats américains. Alors que, dans 22 régions sur 34, il y a déjà des affrontements entre les Talibans et les troupes régulières afghanes soutenues par le soulèvement populaire. Des exactions sont commises chaque jour par les Talibans contre la population dans l’indifférence totale des Américains. Alors, leur présence n’a plus le même intérêt. Les Américains ont décidé de passer la main aux Talibans une fois partis. Sous Obama, les Américains disaient qu’ils avaient des intérêts communs avec […]

Justice et vérité pour les Amazones

Les amazones fascinent. Elles sont encore aujourd’hui, dans nos sociétés, au cœur des représentations des femmes émancipées. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, s’est lancée à la poursuite de ces guerrières sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Comme toutes les figures légendaires, les amazones doivent leur renommée, les siècles passant, aux légendes écrites à leur sujet. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, leur consacre un ouvrage : Les amazones – Quand les femmes étaient les égales des hommes. Cette historienne s’intéresse à l’impact des découvertes archéologiques sur la création de figures mythologiques légendaires comme le griffon ou la licorne. Elle a croisé la route des amazones. Dans cet ouvrage, elle rassemble l’exhaustivité de ses recherches qui mènent à deux conclusions : les amazones ont vraiment existé, elles appartiennent à un peuple des steppes, mais leur vie est bien loin des figures légendaires qui sont arrivées jusqu’à nous. Leur peuple, les Scythes, s’est vu réécrire son histoire par un autre peuple, les Grecs anciens, dès le 8e siècle avant J.-C. Et les Grecs « créèrent » les amazones La vision principale des amazones est une vision « hellénocentrique », fruit d’une réécriture par des auteurs de la Grèce ancienne […]

“S’unir, se compter et peser sur les instances et les rédactions”

Laurie Delhostal est journaliste sportive. Son regard sur la place des femmes et leur vécu dans ce journalisme particulier l’a conduite à co-fonder l’association Femmes journalistes de sport pour faire bouger les lignes. Entretien. Vous avez fait une prépa hypokhâgne, khâgne, des études de philosophie, pourquoi cette envie d’aller vers le journalisme télé ? Dans mes études, la philo a été centrale. J’ai une licence et une maîtrise de philo, ça s’appelait comme ça à l’époque ! Je ne peux pas dire que depuis toute petite je voulais faire ce que je fais. J’ai le sentiment de m’être plus laissée porter par mes idées du moment, les opportunités que j’ai saisies. Je me suis dit que ce qui me correspondait le plus, parce que j’aimais écrire, parce que j’étais curieuse, c’était le journalisme. Je me suis orientée tout de suite vers le sport car c’est ma passion. J’ai grandi dans un environnement très sportif : le handball. Donc je me suis dit je vais essayer. J‘ai fait mon premier stage dans l’entreprise Sport-Ever pour les sites internet qui a ensuite ouvert la chaîne Orange-sport et on m’a proposé un poste de journaliste sportive télé. Je n’avais pas forcément envie de […]

Libérer la parole, protéger les enfants

Édouard Durand, vice-président du tribunal de Bobigny en Seine-Saint-Denis, juge des enfants, a été nommé le 23 janvier par le Président de la République à la tête de la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants*, avec Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru, spécialisée dans l’accompagnement de jeunes victimes d’inceste. Entretien. En quoi consiste cette commission ? Qui la compose ? Comment va-telle travailler ? La commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants doit participer à l’élaboration de la politique publique de protection à partir de l’attention qui doit être accordée à la parole des victimes qui disent les violences sexuelles qu’elles ont subies dans leur enfance. Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru et moi, avons la conviction que si des femmes et des hommes éprouvent la nécessité de révéler les violences sexuelles qu’ils ont subies dans leur enfance c’est peut-être d’abord pour protéger les enfants aujourd’hui et demain. Elle est composée de personnes expertes et engagées à la fois, médecins, psychologues, juristes, enquêteurs, responsables en protection de l’enfance, de chercheurs et de membres associés qualifiés qui ont connu ces violences. C’est un collectif qui partage la même volonté de renforcer ce […]

“C’est dans Charlie que j’ai trouvé la vision du féminisme qui me correspondait.”

Alice, dessinatrice de presse, travaille à Charlie Hebdo depuis mai 2018. Elle préparait les Beaux-Arts quand un professeur lui a proposé de suivre un atelier à la Comédie française avec des dessinateurs de Charlie. L’occasion rêvée de pouvoir montrer son travail. Comme celui-ci reçoit une bonne critique, elle ose solliciter un stage. Aujourd’hui, elle s’y épanouit pleinement, enthousiaste à l’idée de relever tous les défis en dessin. Quelques mots sur ton parcours ? J’ai passé mon enfance en région bordelaise, en nageant un peu hors du monde. À l’adolescence, je ne pense pas beaucoup à autre chose que la piscine et les garçons. Une fois le bac d’Arts appliqués en poche, j’ai hâte de prendre le chemin de mon indépendance, m’installer à Paris, ville des grandes écoles et porte d’entrée pour réaliser mes rêves de carrière professionnelle. Mes parents, tout deux psys, sont inscrits dans un engagement politique qui ne m’a jamais débordée dans le sens où ils ne me l’imposaient pas. Ils me disaient juste : fais marcher ton cerveau, c’est suffisant. Arrive le 7 janvier 2015, je le prends en pleine tête, j’ai dix-sept ans. Ce jour-là, il m’a fallu malheureusement rentrer dans une vie d’adulte, j’ai voulu […]

Black et women empowerment par la pop culture

Enseignante, journaliste spécialisée dans le rock et la pop culture, enseignante de littérature à l’annexe française de l’université Columbia, Sophie Rosemont signe un livre qui fait date en France : Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine. Son dernier ouvrage Girls Rock avait donné un coup d’éclairage nécessaire et salutaire sur la place des femmes dans le rock. Elle revient avec Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine, un ouvrage documenté, universitaire, sur l’empowerment des artistes de la pop culture noire américaine et particulièrement des femmes. Entretien. Vous expliquez avoir commencé ce livre avant le meurtre de George Floyd, mais comment est-il né ? En fait, je m’intéresse à la pop culture depuis très longtemps en parallèle à mon travail sur le rock et notamment les femmes dans le rock. J’étudie et enseigne la littérature noire américaine avec des autrices comme Toni Morrison. Avec l’écriture de Girls rock, j’ai répertorié des artistes qui pouvaient rentrer dans une livre sur la pop culture noire américaine comme Rosetta Tharpe. Et puis, il y a quelques années, j’ai travaillé sur le black empowerment, me rendant compte qu’il se féminisait avec notamment des artistes comme Beyonce. Comment avez-vous travaillé ? […]

Et l’évolution créa la femme

La domination masculine est parfois présentée comme un fait naturel qui viendrait de notre évolution et/ou de notre famille : les primates. Qu’en est-il réellement ? Le paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France Pascal Picq tente de répondre dans son dernière ouvrage Et l’évolution créa la femme. Il y compare de façon inédite notre espèce à nos cousins les singes. Entretien. Dans la recherche sur l’origine des discriminations et de la coercition masculine, votre ouvrage est le premier à établir un comparatif avec nos cousins les primates. Comment l’expliquez-vous ? Nous sommes complètement bloqués sur l’idée que toutes les recherches sur notre espèce ne peuvent être axées que sur l’humain, nous n’avons pas à aller chercher ce qui se passe chez les singes et les grands singes pour comprendre notre espèce. Pour des raisons liées à notre culture en France, à notre postulat cartésien qui dirait que « l’homme n’a rien à voir avec les autres espèces », à notre dualisme entre l’homme et l’animal, entre l’inné et l’acquis, entre la culture et la nature, nous n’avons pas de grande école sur la primatologie et l’éthologie constituée, contrairement aux pays anglo-saxons et germanophones. Cela ne veut pas […]

Famille, Église, sports… se libérer du groupe pour libérer sa parole

Prendre en compte les violences sexuelles nécessite de replacer la parole des victimes au coeur de toute action. L’enfant victime est aux prises de conflits de loyauté complexes, renforcés par la pression du groupe. François Devaux fondateur de l’association La parole libérée et Sébastien Boueilh, de l’association Colosse aux pieds d’argile témoignent par leurs parcours de la nécessité d’entendre, d’écouter les enfants coûte que coûte. L’enfance et l’adolescence sont des périodes de la vie où nous nous formons au contact de différents groupes qui organisent notre vie sociale. Groupes dans lesquels on entre, dont on se sent exclu.e parfois ou dont on rêve de faire partie. Dans ce tissage de sentiments très forts que procure le groupe, la parole des enfants n’est pas suffisamment prise en compte ou du moins entendue par les adultes. Elle n’est libre que si l’enfant éprouve de la confiance envers les adultes référents, mais également s’ils lui permettent de se faire suffisamment confiance sur ses ressentis, ses émotions positives et négatives. Infaillibles familles ? Cette libération est très compliquée dans la vie quotidienne, d’autant plus dans des milieux constitués et organisés que sont la famille, l’école, les clubs sportifs ou les institutions religieuses. La vie […]

Rosa Bursztein nous parle de sa chatte. Et alors ?

L’humoriste Rosa Bursztein aborde, sans se brider, le plaisir féminin. Son spectacle de stand-up se joue actuellement (hors confinement) au Point Virgule. Ses vannes dérangent. “J’ai couché avec un gars qui a refusé de me faire un câlin [NLDR pour lui dire au revoir]. Et ça, c’était avant la distanciation sociale. […] J’avais envie de lui dire, gars, je t’ai sucé si longtemps, fais-moi un câlin !” En pyjama, chaussons et peignoir écossais, Rosa Bursztein plante le décor dès son entrée sur les planches du Point Virgule. Pendant une heure, l’humoriste de trente et un ans nous parle de sexualité, de féminisme, du déconfinement et surtout de plaisir féminin. Un propos encore tabou dans l’espace public. “Quand j’allais dans des plateaux de stand-up et que j’entendais des nanas dirent qu’elles simulaient, ça me paraissait tellement ringard”, analyse-t-elle. “On n’est plus dans les années 50. C’est fou qu’on n’en parle pas plus !” [NDLR du plaisir féminin]. En enchaînant les blagues, en se moquant d’elle-même, Rosa Bursztein démystifie le sujet, lui donne toute sa place : la première. Un choix éminemment politique lié à son évolution personnelle et probablement à celle de la société. “Dans le Mhiriporno, le rapport s’arrête avec […]

« Le féminisme comme un universel » – Entretien avec Martine Storti

Militante féministe issue du MLF et ancienne journaliste à Libération, Martine Storti signe, dans son dernier essai sur le féminisme universel, une critique des entreprises de confusions, de brouillages et de détournement des mots. Quand l’antiféminisme se déguise (ou tente de se déguiser) en féminisme. Pourquoi écrire aujourd’hui un livre sur le féminisme universel ? N’est-ce pas déjà trop tard ? Il n’est jamais trop tard ! À travers cet essai, j’ai un triple objectif : questionner ce qui se donne actuellement pour une forme de radicalité, qui peut se dire aussi intersectionnalité, décolonialité ou afroféminisme, refuser l’instrumentalisation du féminisme par des courants – identitaire, nationaliste, raciste (racisme anti-noir, anti-arabe, anti-musulman, anti-immigrés…) – qui ont toujours été anti-féministes. Il s’agit enfin et surtout de plaider la cause d’un féminisme universel étouffé par des catéchismes concurrents mais qui heureusement continue de tracer son chemin. D’ailleurs, est-ce pour un féminisme universel ou universaliste ? Je ne reprends pas le terme « universaliste », il a été dévoyé, manipulé, rabattu sur l’identité nationale. Le féminisme universaliste est présenté comme une composante de la République française et même de l’identité française. Ce qui est paradoxal car ce qui relève de l’identité ne peut être […]

Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir – Deux combattantes unies pour la justice et la liberté des femmes

À vingt-trois ans, en 1949, Gisèle Halimi découvre, comme tant d’autres femmes de par le monde, Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir tout juste paru avec, écrit-elle, « un mélange d’émerveillement et de stupeur. Car c’était vraiment incroyable : un livre mettait des mots sur mon vécu, ma révolte initiale, mon indignation permanente concernant l’indépendance et l’humiliation des femmes. » Son féminisme n’avait été qu’intuitif et grâce à la lecture de cet essai, Gisèle Halimi allait se lancer dans cette grande aventure de la défense des droits des femmes, rejoignant ainsi Simone de Beauvoir, de dix-huit ans son aînée. C’est en 1958 qu’elle déjeune enfin avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre à La coupole. À compter de ce jour, les deux combattantes vont se croiser : « Elle était très fiable, vraie à tout moment ; et je savais désormais que je pouvais compter sur elle. » Cet engagement va se concentrer sur plusieurs enjeux politiques marquants du XXe siècle : la guerre d’Algérie, la guerre du Vietnam, le MLF en 1970. La lutte pour l’indépendance de l’Algérie, l’affaire Djamila Boupacha La guerre d’Algérie bat son plein, avec ses lots d’attentats, tant en métropole qu’en Algérie. Djamila Boupacha, […]

Pour l’égalité salariale – Enfin revaloriser les emplois féminisés

Soignantes, caissières, agentes d’entretien, enseignantes ou travailleuses sociales, elles étaient en première ligne pendant la crise sanitaire, elles le sont toujours dans le quotidien de nos vies. Mais leurs compétences et la valeur de leur travail ne sont toujours pas pleinement reconnues. Deux universitaires engagées pour l’égalité salariale témoignent. Avec la crise sanitaire, certains métiers sont apparus indispensables à la continuité de nos vies quotidiennes ; les soignantes bien sûr mais aussi les services à la personne, les agentes d’entretien, les caissières, les enseignantes ou les travailleuses sociales. Féminisés à plus de 75 % et assimilés à des « métiers de femmes », ils éduquent, soignent, assistent, nettoient, font du lien, écoutent, prennent soin, etc. renvoyant à des « compétences présumées innées ». Ces compétences ne sont pas reconnues comme de véritables compétences professionnelles, ce qui participe de leur sous-valorisation et explique en partie les 26 % d’écarts salariaux entre les femmes et les hommes. Une tribune et une pétition, signées par toutes les organisations syndicales salariées, des associations féministes et près de 65 000 signataires, ont revendiqué l’urgence à revaloriser ces emplois. À travail de valeur égale, salaire égal Le principe juridique pour un travail de valeur égale a […]

Affaire J.K. Rowling : le fond et la forme

Le 7 juin dernier, l’autrice de la saga Harry Potter J.K. Rowling publiait une série de tweets dans lesquels elle réaffirmait l’impact du sexe biologique sur nos vies. Suite à ces propos, l’autrice a subi une campagne de harcèlement révélatrice de la violence des débats autour des notions de sexe et de genre. Au commencement, il était un fait : nous naissons toutes et tous avec des chromosomes. Ces chromosomes fonctionnent comme un code qui décrit en partie qui nous sommes, en déterminant notre apparence physique, en révélant parfois la présence d’une maladie ou d’un trouble. Le code de notre apparence physique inclut celui de nos organes génitaux : dans la large majorité des cas, ils sont de deux natures (masculin ou féminin) bien qu’il existe des manifestations différentes de ce code (notamment pour les personnes intersexes). Là où les choses se compliquent, c’est que ces codes biologiques ont été associés à des comportements sociaux : le genre. Le sexe et le genre Le genre est une construction sociale : rien ne prédispose les filles ou les garçons à être plus ou moins intéressé.e.s par les voitures, les poupons, à faire preuve de compassion ou de courage. La façon dont […]

Journal d’une Arlésienne confinée

J-5. À la répétition de ce soir, appel d’Isabelle : elle ne viendra pas : elle a un gros rhume, et ça s’entend. Les autres préparent leur départ pour le week-end culturel à Paris. Je n’y vais pas, ça tombe le jour des élections municipales. Josy hésite à se désister : la rumeur monte, le coronavirus est réellement en France et il tue. Est-ce bien raisonnable de se trimballer de musées en théâtres à quinze dans le métro parisien ? J-3. À la fin du marché, je croise Jérôme, Pascal et Marthe qui devaient être à Paris : les musées vont fermer et les théâtres ne sont pas sûrs d’assurer les représentations. Le week-end est annulé. Jean-Luc a proposé qu’on se retrouve tous dimanche soir chez lui pour se consoler. Sur le marché, une ambiance bizarre. Sur beaucoup d’étals, on nous propose des gants pour choisir les fruits et légumes. Peu d’embrassades, les gens se font des saluts à la chinoise. J-2. Je vais voter dans la petite école maternelle où notre atelier-théâtre se tient le jeudi soir. Au premier abord, à l’entrée, puis dans l’isoloir, on se sent en sécurité. Ça se gâte lorsqu’on arrive devant l’urne. La présidente […]

Héros, héroïnes : le mythe politique du sacrifice

La crise sanitaire, politique et économique due au coronavirus a causé des centaines de milliers de morts à travers le monde, confiné la moitié de l’humanité et est amenée à se prolonger dans les mois et les années qui viennent. En première ligne face à la crise, les professionnel.le.s du soin sont devenu.e.s des héros et héroïnes. Pourtant, les monstres auxquels elles et ils ont dû se confronter n’ont rien de mythologique. Que désigne vraiment l’héroïsme ? Un héros ou une héroïne est à la fois une construction littéraire et un vestige mythologique. Dans la mythologie grecque, un héros est un demi-dieu qui se démarque par sa bravoure et ses qualités exceptionnelles. Ce n’est pas un hasard si les nombreux films et séries évoquant les aventures de super-héro.ïne.s reprennent le caractère surnaturel ou autrement exceptionnel des héros et héroïnes : ce ne sont pas des humains comme les autres. Les qualités singulières qui les distinguent sont justifiées par l’ampleur des épreuves que les héro.ïne.s doivent affronter. Il est toutefois intéressant de constater que les personnels soignants que l’on appelle aujourd’hui des héros et des héroïnes sont eux et elles, tout à fait humains. Que dit-on de leur humanité, et de […]

« Sans oui, c’est non », est-ce clair ?

“Qui ne dit mot consent…” Un vieil adage, une phrase qui vise surtout à protéger le droit des hommes à disposer des femmes en toute impunité. Pour sortir de cette confusion souvent criminelle, Catherine Le Magueresse, chercheuse, propose de préciser ce qu’est, ou devrait être, le “consentement sexuel”. “Le consentement sexuel, c’est pas si simple…” Combien de fois avons-nous entendu cette remarque exprimant toute la confusion sur le sujet ? Confusion qui est d’ailleurs portée et entretenue par des représentations sociales misogynes que l’on nomme aussi la “culture du viol” et dont témoignent des phrases telles que “un non peut vouloir dire oui”, “elle ne s’est pas débattue, n’a pas crié etc. donc elle était d’accord”… Quand une femme dit non, c’est non L’une des revendications des féministes des années 70, « Quand une femme dit non, c’est non », n’est toujours pas acquise. Il n’est en effet pas rare d’entendre que le « non » exprimé serait, au contraire, une invitation à continuer – une sorte de défi lancé –, que le refus serait formel, ou que « les filles bien ne disent pas “oui” mais le pensent ». Ces propos nient la liberté des femmes de choisir avec […]

70 ans de la Berlinale – Égalitaires, les Ours ?

Du 20 février au 1er mars 2020, Berlin accueillait le 70e anniversaire de la Berlinale, le festival international du cinéma en Allemagne. À cette occasion, Clara-magazine s’est rendu sur place pour le regarder avec les lunettes de l’égalité. Elle est un festival majeur du cinéma international : moins glamour que les Oscars américains et plus progressiste que les César français, la Berlinale a célébré le 20 février 2020 son 70e anniversaire. Le festival est construit autour d’un équilibre complexe : un regard lucide sur l’histoire allemande avec une session historique qui aborde chaque année des éléments de l’histoire allemande des XXe et XXIe siècles ; un regard bienveillant sur les courts-métrages, une sélection officielle et un panorama international toujours passionnant. Le festival a fait, cette année en particulier, la part belle aux héroïnes de films et aux personnages LGBT. Une programmation éclectique Plusieurs films ont attiré l’attention de la rédaction cette année, en particulier My Salinger Year de Philippe Falardeau, cinéaste québécois, dans lequel Margaret Qualley interprète une jeune écrivaine en devenir travaillant dans la maison d’édition du célèbre et très secret JR Salinger. Sigourney Weaver y incarne une éditrice exigeante dans une époque en pleine transformation. Saluons également le […]