Emma Oudiou, athlète engagée contre les violences

Emma Oudiou, sportive de haut niveau, vient de réaliser Suite, un documentaire pour dénoncer les violences sexuelles dans le milieu de l’athlétisme. Elle nous explique ses motivations, ses objectifs. Entretien. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours de sportive, votre palmarès ? J’ai été athlète de haut niveau pendant dix ans, spécialiste du 3000 mètres steeple. J’ai fait dix sélections en équipe de France et obtenu trois médailles internationales. Dans Suite, le documentaire que vous venez de réaliser, cinq femmes athlètes, toutes dans l’athlétisme, témoignent des violences sexuelles – viols pour certaines – qu’elles ont subies par des agresseurs appartenant au milieu du sport. Pourquoi ce documentaire ? Quel est, quels en sont les objectifs ? Ce docu est une nécessité dans un monde sportif violent par plein d’aspects. Pourtant on en parle trop peu. J’ai moi-même été victime de violences sexuelles, beaucoup d’athlètes autour de moi également, il était temps qu’on en parle. L’objectif est double : faire en sorte que les victimes sachent qu’elles ne sont pas seules et qu’elles ont le droit de parler, mais aussi faire réagir les institutions pour qu’elles protègent leurs athlètes comme il se doit. Vous avez été vous-même victime de violences. Pouvez-vous revenir sur […]

Aimer comme Susie Morgenstern

Histoire d’amour des temps modernes, Susie et Georges se rencontrent après avoir échangé sur un site de rencontres. Susie a 60 ans, Georges 74, et alors ? De cette belle histoire naîtra un très beau livre : Fleurs tardives. Le 8 mars 2007, sur le quai de la Gare de Lyon, une rencontre majeure prend place : après avoir échangé pendant des semaines sur un site de rencontres, Susie rencontre Georges. Susie, c’est l’américaine aux lunettes en forme de coeur, une mèche rose dans les cheveux et Georges, le Suisse aux grandes oreilles avec son imper des années 20. Deux mondes se rencontrent sur un quai de gare et la magie opère. Ce n’est pas une histoire extraordinaire. Et pourtant, comme toutes les histoires d’amour, elle l’est. Susie a soixante ans, Georges soixante-quatorze ans. Susie dit de lui : « Il n’a pas une minute de moins que son âge. » L’histoire d’un amour Comme souvent en ligne, il faut d’abord faire face à la surprise : elle n’a pas mis de photo sur son profil de présentation sur le site de rencontres et, sur celui de Georges, elle ne discerne par ses grandes oreilles décollées. Qu’importe, nos protagonistes se […]

#stopcultureduviol #stopimpunité – Enjeux du prochain quinquennat

Après 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron, vint 2018 et le mouvement de libération de la parole. Cette année, sans doute, restera aussi historique que le tournant des années 70 avec le Mouvement de libération des femmes (MLF). Au-delà d’avoir révélé la “condition” des filles dans notre société, ce mouvement planétaire #MeToo a retenti de façon plus universelle dans tous les milieux. #MeToo un volcan en éruption Si le MLF avait (certainement à tort, les choses étant plus complexes) été taxé de révolution bourgeoise par les femmes de la classe ouvrière tout juste sortie des mouvements des usines de 68, la libération de la parole en 2018 s’est étendue notamment en France dans toutes les catégories socioprofessionnelles de la société. Actrices, infirmières, femmes de ménage et cadres supérieures, responsables syndicales ou journalistes, chacune a décidé de rendre public ce que beaucoup partageaient dans le secret d’un cabinet médical ou d’une bouffe entre copines. Rien ne sera plus jamais comme avant. La honte est en train de changer (lentement) de camp. Certains reprochent les dégâts collatéraux de ces révélations sur les familles des auteurs ou le non-respect de la sacro-sainte “présomption d’innocence”. Mais on ne prévient pas de l’éruption d’un volcan par […]

Égalité femmes-hommes, grande cause du quinquennat : vraiment ?

Le 25 novembre 2017, le Président de la République déclarait l’égalité entre les femmes et les hommes grande cause de son quinquennat. Nous sommes maintenant à l’heure du bilan de sa présidence et le résultat n’est pas à la hauteur des espoirs et des attentes suscités par cette déclaration. Il ne serait pas honnête d’affirmer qu’il n’y a eu aucun progrès, que rien ne s’est passé ou a progressé. D’ailleurs, l’Institut européen pour l’égalité entre les femmes et les hommes (EIGE) le montre à travers son index publié régulièrement et qui synthétise les évolutions dans les principaux aspects de la société : entre 2017 et 2021, l’index de la France est passé de 72,6 à 75,5 ; un progrès donc mais de seulement 4 %…, un bon résumé de cette “grande cause”. L’un des domaines où de réelles avancées auraient pu se manifester, tout en ayant une vraie dimension symbolique et pédagogique, est celui de nos institutions démocratiques. Le plus jeune président de la Ve République, moderne et égalitaire, aurait pu choisir de nommer une femme à la tête du gouvernement, il a préféré par deux fois choisir un homme. De la même manière, les député.e.s du parti présidentiel, grâce […]

La Maison des femmes à Saint-Denis (93)

“Une femme victime de violences violences vit dans un univers éclaté. Elle doit agir dans de très nombreux champs de sa vie…” Ghada Hatem, médecin-cheffe de la Maison des femmes La Maison des femmes a ouvert ses portes en juillet 2016, après trois ans de gestation de sa fondatrice Ghada Hatem. Trois mille femmes ont été accueillies la première année, puis quatre mille les années suivantes et enfin près de cinq mille en 2020. Autant de femmes prises en compte dans leur entièreté pour retrouver leur intégrité physique et psychologique essentielle à une nouvelle vie. Dans votre parcours, quels faits, quel constat vous ont conduite à engager la création d’un lieu dédié aux femmes victimes de violences ? Mon parcours est un parcours de gynécologue-accoucheuse classique, ayant travaillé dans différentes maternités publiques. Cela m’a permis de rencontrer des femmes de toutes origines et classes sociales. Et l’intimité que permet ce métier m’a fait comprendre que rien ne protège une femme d’un conjoint ou d’une famille violente, que les difficultés que traversent ces femmes sont identiques et ont un impact sur leur santé. J’ai eu l’occasion dans ma carrière de créer divers parcours de soins pour la prise en charge des […]

Voir leur peine se transformer en courage

Denis Mukwege, médecin gynécologue, Prix Nobel de la paix 2018, était l’invité le 14 octobre 2021 de la journaliste Laure Adler dans sa mythique émission L’heure bleue. L’occasion de revenir, entre autres, sur l’approche holistique qui s’est imposée à lui dans sa pratique à l’hôpital de Panzi et dans les centres qui en dépendent, La maison Dorcas et La Cité de la joie. Extrait. “Nous sommes arrivés à la prise en charge holistique des femmes victimes de violences sexuelles parce que nous étions confrontés à un véritable problème depuis l’ouverture de l’hôpital de Panzi en 1999. Une femme qui vient avec des blessures au niveau de l’appareil génital, elle est incontinente et lorsqu’on fait une bonne chirurgie, elle retourne à la selle normalement. […] Comme médecin on est vraiment satisfait, on a fait un travail vraiment formidable. Mais ce qu’on a découvert c’est que ce traitement réservé à ces femmes n’était tout simplement qu’une toute petite partie de ce qu’il faut faire quand une femme a subi un viol avec extrêmes violences. Par exemple, cette femme se retrouve seule, elle avait cinq enfants et ils ont été assassinés en sa présence et souvent son mari aussi. […] Lorsqu’on traitait ces […]

Afghanistan – Ne nous résignons pas !

Il y a quelques semaines, au coeur de l’été, nous ouvrions nos colonnes à notre amie Shoukria Haïdar, Présidente de l’association Negar – Soutien aux femmes d’Afghanistan, militante afghane pour les droits des femmes en Afghanistan et dans le monde que nous connaissons depuis la fin des années 90. À cette époque, nous relayions le combat qu’elle menait avec des associations françaises, dont Femmes solidaires, pour ouvrir des classes clandestines en Afghanistan. Puis nous avons partagé l’espoir d’une vie meilleure après la chute des Talibans. Il y a quelques semaines, elle lançait un nouvel appel dans notre magazine, appel à la vigilance, appel d’urgence et de détresse devant l’avancée des Talibans sur Kaboul. Nous pensions avoir quelques semaines, quelques mois pour relayer la parole des Afghanes et créer un rapport de force dans notre pays et dans le monde. Les Talibans sont entrés dans Kaboul dès le 15 août, trois semaines avant la date stipulée dans le pacte américano-taliban de Doha, pacte qui prévoyait que les clés du pays soient rétrocédées à ce groupe terroriste. Quel cynisme, quelle infamie, quel mépris pour les droits humains ! Cette passation faite entre une démocratie et un groupe terroriste, totalement assumée aux yeux […]

La pop culture délivre (aussi) !

Anne Isabelle François est maîtresse de conférences de littérature comparée à l’université Sorbonne Nouvelle. Spécialiste de la culture populaire, ses recherches portent également sur les études de genre. Passionnante et pédagogue, elle revient avec nous sur les intersections entre féminisme et pop culture… Comment définissez-vous la culture populaire ? On définit la culture populaire par opposition, de manière négative : la culture populaire, c’est ce qui n’est pas (légitime, canonique, reconnue, comme étant de qualité). La plupart des définitions dont on dispose sont par soustraction. Mais populaire cela signifie aussi que ce sont des œuvres qui rencontrent un très grand succès, des livres lus et des films vus par tout le monde. Peut-on dire que la culture populaire a mauvaise réputation ? On assiste depuis une vingtaine d’années à toute une série de phénomènes qui visent à montrer l’importance et la légitimité de ces pratiques. Cette analyse est basée sur des outils dont on dispose : en particulier, la grande enquête menée par le ministère de la Culture (enquête sur les pratiques culturelles des Français) qui révèle l’omniprésence de cette expression culturelle. On est dans une phase de dé-hiérarchisation des pratiques et des objets culturels, ce qui change le jugement […]

Ces planqués derrière l’écran…

Entre le 7 et le 14 mai, l’Anti defamation league (ADL) a recensé plus de 17 000 messages sur Twitter avec la phrase – et variantes – : « Hitler avait raison. » Adeel Raja, un pigiste de CNN au Pakistan, lui, a posté sur les réseaux : « Le monde aujourd’hui a besoin d’un Hitler. » CNN a immédiatement mis fin à toute collaboration avec cet auteur admiratif de l’extermination des juifs. Ici, le 18 décembre 2020, c’est une candidate de Miss France, April Benayoum qui, le soir de l’élection, a reçu un déluge de messages de haine après s’être présentée « d’origines assez variées avec ma mère serbo-croate et mon père israélien-italien ». Dans ce florilège : « Tonton Hitler, t’as oublié d’exterminer Miss Provence », « Ne votez pas Miss Provence, raison : ELLE est juive » ou encore « Miss Provence a un lien avec Israël, allez dégage-moi ça ». Le procureur de la République ayant rapidement été saisi, neuf personnes dont une mineure ont été identifiées, placées en garde à vue ce 17 mai par le pôle national contre la haine en ligne et seront jugées le 29 septembre. Ces planqués derrière l’écran pourrissent les […]

“Il y a une génération de jeunes filles avec un langage de courage et une volonté de faire”

Rencontre avec Shoukria Haidar, présidente de NEGAR – association de soutien aux femmes afghanes –, qui est une fervente défenseure de la laïcité, de l’égalité entre hommes et femmes ; en 2014, elle a reçu le Grand Prix international de la Laïcité. Joe Biden a annoncé le retrait total des troupes américaines en Afghanistan, bonne ou mauvaise nouvelle ? Mise à part la date, Joe Biden n’a rien amené de nouveau. Cette décision est celle de Donald Trump, lors d’un accord avec les Talibans de décembre 2019. Le scandale est que les États-Unis ne négocient pas avec le gouvernement mais directement avec les Talibans. Depuis l’accord entre les Talibans alliés du Pakistan et les USA, pas un caillou n’a été jeté contre des soldats américains. Alors que, dans 22 régions sur 34, il y a déjà des affrontements entre les Talibans et les troupes régulières afghanes soutenues par le soulèvement populaire. Des exactions sont commises chaque jour par les Talibans contre la population dans l’indifférence totale des Américains. Alors, leur présence n’a plus le même intérêt. Les Américains ont décidé de passer la main aux Talibans une fois partis. Sous Obama, les Américains disaient qu’ils avaient des intérêts communs avec […]

Justice et vérité pour les Amazones

Les amazones fascinent. Elles sont encore aujourd’hui, dans nos sociétés, au cœur des représentations des femmes émancipées. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, s’est lancée à la poursuite de ces guerrières sans équivalent dans l’histoire de l’humanité. Comme toutes les figures légendaires, les amazones doivent leur renommée, les siècles passant, aux légendes écrites à leur sujet. Adrienne Mayor, chercheuse à l’Université de Stanford, leur consacre un ouvrage : Les amazones – Quand les femmes étaient les égales des hommes. Cette historienne s’intéresse à l’impact des découvertes archéologiques sur la création de figures mythologiques légendaires comme le griffon ou la licorne. Elle a croisé la route des amazones. Dans cet ouvrage, elle rassemble l’exhaustivité de ses recherches qui mènent à deux conclusions : les amazones ont vraiment existé, elles appartiennent à un peuple des steppes, mais leur vie est bien loin des figures légendaires qui sont arrivées jusqu’à nous. Leur peuple, les Scythes, s’est vu réécrire son histoire par un autre peuple, les Grecs anciens, dès le 8e siècle avant J.-C. Et les Grecs « créèrent » les amazones La vision principale des amazones est une vision « hellénocentrique », fruit d’une réécriture par des auteurs de la Grèce ancienne […]

“S’unir, se compter et peser sur les instances et les rédactions”

Laurie Delhostal est journaliste sportive. Son regard sur la place des femmes et leur vécu dans ce journalisme particulier l’a conduite à co-fonder l’association Femmes journalistes de sport pour faire bouger les lignes. Entretien. Vous avez fait une prépa hypokhâgne, khâgne, des études de philosophie, pourquoi cette envie d’aller vers le journalisme télé ? Dans mes études, la philo a été centrale. J’ai une licence et une maîtrise de philo, ça s’appelait comme ça à l’époque ! Je ne peux pas dire que depuis toute petite je voulais faire ce que je fais. J’ai le sentiment de m’être plus laissée porter par mes idées du moment, les opportunités que j’ai saisies. Je me suis dit que ce qui me correspondait le plus, parce que j’aimais écrire, parce que j’étais curieuse, c’était le journalisme. Je me suis orientée tout de suite vers le sport car c’est ma passion. J’ai grandi dans un environnement très sportif : le handball. Donc je me suis dit je vais essayer. J‘ai fait mon premier stage dans l’entreprise Sport-Ever pour les sites internet qui a ensuite ouvert la chaîne Orange-sport et on m’a proposé un poste de journaliste sportive télé. Je n’avais pas forcément envie de […]

Libérer la parole, protéger les enfants

Édouard Durand, vice-président du tribunal de Bobigny en Seine-Saint-Denis, juge des enfants, a été nommé le 23 janvier par le Président de la République à la tête de la Commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants*, avec Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru, spécialisée dans l’accompagnement de jeunes victimes d’inceste. Entretien. En quoi consiste cette commission ? Qui la compose ? Comment va-telle travailler ? La commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants doit participer à l’élaboration de la politique publique de protection à partir de l’attention qui doit être accordée à la parole des victimes qui disent les violences sexuelles qu’elles ont subies dans leur enfance. Nathalie Mathieu, directrice de l’association Docteurs Bru et moi, avons la conviction que si des femmes et des hommes éprouvent la nécessité de révéler les violences sexuelles qu’ils ont subies dans leur enfance c’est peut-être d’abord pour protéger les enfants aujourd’hui et demain. Elle est composée de personnes expertes et engagées à la fois, médecins, psychologues, juristes, enquêteurs, responsables en protection de l’enfance, de chercheurs et de membres associés qualifiés qui ont connu ces violences. C’est un collectif qui partage la même volonté de renforcer ce […]

“C’est dans Charlie que j’ai trouvé la vision du féminisme qui me correspondait.”

Alice, dessinatrice de presse, travaille à Charlie Hebdo depuis mai 2018. Elle préparait les Beaux-Arts quand un professeur lui a proposé de suivre un atelier à la Comédie française avec des dessinateurs de Charlie. L’occasion rêvée de pouvoir montrer son travail. Comme celui-ci reçoit une bonne critique, elle ose solliciter un stage. Aujourd’hui, elle s’y épanouit pleinement, enthousiaste à l’idée de relever tous les défis en dessin. Quelques mots sur ton parcours ? J’ai passé mon enfance en région bordelaise, en nageant un peu hors du monde. À l’adolescence, je ne pense pas beaucoup à autre chose que la piscine et les garçons. Une fois le bac d’Arts appliqués en poche, j’ai hâte de prendre le chemin de mon indépendance, m’installer à Paris, ville des grandes écoles et porte d’entrée pour réaliser mes rêves de carrière professionnelle. Mes parents, tout deux psys, sont inscrits dans un engagement politique qui ne m’a jamais débordée dans le sens où ils ne me l’imposaient pas. Ils me disaient juste : fais marcher ton cerveau, c’est suffisant. Arrive le 7 janvier 2015, je le prends en pleine tête, j’ai dix-sept ans. Ce jour-là, il m’a fallu malheureusement rentrer dans une vie d’adulte, j’ai voulu […]

Black et women empowerment par la pop culture

Enseignante, journaliste spécialisée dans le rock et la pop culture, enseignante de littérature à l’annexe française de l’université Columbia, Sophie Rosemont signe un livre qui fait date en France : Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine. Son dernier ouvrage Girls Rock avait donné un coup d’éclairage nécessaire et salutaire sur la place des femmes dans le rock. Elle revient avec Black Power, l’avènement de la pop culture noire américaine, un ouvrage documenté, universitaire, sur l’empowerment des artistes de la pop culture noire américaine et particulièrement des femmes. Entretien. Vous expliquez avoir commencé ce livre avant le meurtre de George Floyd, mais comment est-il né ? En fait, je m’intéresse à la pop culture depuis très longtemps en parallèle à mon travail sur le rock et notamment les femmes dans le rock. J’étudie et enseigne la littérature noire américaine avec des autrices comme Toni Morrison. Avec l’écriture de Girls rock, j’ai répertorié des artistes qui pouvaient rentrer dans une livre sur la pop culture noire américaine comme Rosetta Tharpe. Et puis, il y a quelques années, j’ai travaillé sur le black empowerment, me rendant compte qu’il se féminisait avec notamment des artistes comme Beyonce. Comment avez-vous travaillé ? […]

Et l’évolution créa la femme

La domination masculine est parfois présentée comme un fait naturel qui viendrait de notre évolution et/ou de notre famille : les primates. Qu’en est-il réellement ? Le paléoanthropologue et maître de conférences au Collège de France Pascal Picq tente de répondre dans son dernière ouvrage Et l’évolution créa la femme. Il y compare de façon inédite notre espèce à nos cousins les singes. Entretien. Dans la recherche sur l’origine des discriminations et de la coercition masculine, votre ouvrage est le premier à établir un comparatif avec nos cousins les primates. Comment l’expliquez-vous ? Nous sommes complètement bloqués sur l’idée que toutes les recherches sur notre espèce ne peuvent être axées que sur l’humain, nous n’avons pas à aller chercher ce qui se passe chez les singes et les grands singes pour comprendre notre espèce. Pour des raisons liées à notre culture en France, à notre postulat cartésien qui dirait que « l’homme n’a rien à voir avec les autres espèces », à notre dualisme entre l’homme et l’animal, entre l’inné et l’acquis, entre la culture et la nature, nous n’avons pas de grande école sur la primatologie et l’éthologie constituée, contrairement aux pays anglo-saxons et germanophones. Cela ne veut pas […]

Famille, Église, sports… se libérer du groupe pour libérer sa parole

Prendre en compte les violences sexuelles nécessite de replacer la parole des victimes au coeur de toute action. L’enfant victime est aux prises de conflits de loyauté complexes, renforcés par la pression du groupe. François Devaux fondateur de l’association La parole libérée et Sébastien Boueilh, de l’association Colosse aux pieds d’argile témoignent par leurs parcours de la nécessité d’entendre, d’écouter les enfants coûte que coûte. L’enfance et l’adolescence sont des périodes de la vie où nous nous formons au contact de différents groupes qui organisent notre vie sociale. Groupes dans lesquels on entre, dont on se sent exclu.e parfois ou dont on rêve de faire partie. Dans ce tissage de sentiments très forts que procure le groupe, la parole des enfants n’est pas suffisamment prise en compte ou du moins entendue par les adultes. Elle n’est libre que si l’enfant éprouve de la confiance envers les adultes référents, mais également s’ils lui permettent de se faire suffisamment confiance sur ses ressentis, ses émotions positives et négatives. Infaillibles familles ? Cette libération est très compliquée dans la vie quotidienne, d’autant plus dans des milieux constitués et organisés que sont la famille, l’école, les clubs sportifs ou les institutions religieuses. La vie […]

Rosa Bursztein nous parle de sa chatte. Et alors ?

L’humoriste Rosa Bursztein aborde, sans se brider, le plaisir féminin. Son spectacle de stand-up se joue actuellement (hors confinement) au Point Virgule. Ses vannes dérangent. “J’ai couché avec un gars qui a refusé de me faire un câlin [NLDR pour lui dire au revoir]. Et ça, c’était avant la distanciation sociale. […] J’avais envie de lui dire, gars, je t’ai sucé si longtemps, fais-moi un câlin !” En pyjama, chaussons et peignoir écossais, Rosa Bursztein plante le décor dès son entrée sur les planches du Point Virgule. Pendant une heure, l’humoriste de trente et un ans nous parle de sexualité, de féminisme, du déconfinement et surtout de plaisir féminin. Un propos encore tabou dans l’espace public. “Quand j’allais dans des plateaux de stand-up et que j’entendais des nanas dirent qu’elles simulaient, ça me paraissait tellement ringard”, analyse-t-elle. “On n’est plus dans les années 50. C’est fou qu’on n’en parle pas plus !” [NDLR du plaisir féminin]. En enchaînant les blagues, en se moquant d’elle-même, Rosa Bursztein démystifie le sujet, lui donne toute sa place : la première. Un choix éminemment politique lié à son évolution personnelle et probablement à celle de la société. “Dans le Mhiriporno, le rapport s’arrête avec […]