Numéro 197 – Mai 2023

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Elle s’est levée et elle s’est barrée… 

Le mois de mai est celui du cinéma, celui de Cannes. Et le cinéma est impacté par les grandes questions qui agitent nos sociétés. Réforme des retraites, écologie, violences faites aux femmes doivent continuer à s’inviter dans le monde du cinéma s’il veut rester vivant.

Le cinéma est magique, il porte en lui la beauté du monde, sa fragilité et toute son émotion. Il porte nos joies et nos tristesses, il est le reflet de nos espoirs et de nos renoncements. Et pourtant, il est aussi cette entreprise pervertie, ce lieu du pouvoir et de l’argent qui a vu tant de violences sexuelles envers les femmes et les enfants.

Il y a quelques jours, dans une lettre adressée à Télérama, Adèle Haenel annonçait son retrait du cinéma : « J’ai décidé de politiser mon arrêt du cinéma pour dénoncer la complaisance généralisée du métier vis-à-vis des agresseurs sexuels. » Personne ne devrait commenter ces mots car les faits parlent d’eux-mêmes. Le silence est de mise quand ces vieux birbes adipeux paradent à Cannes. Les Johnny Depp, Luc Besson, Christophe Ruggia, Roman Polanski, Woody Allen, Richard Berry, Gérard Depardieu, Dominique Boutonnat, Kevin Spacey, James Franco, James Woods, Steven Seagal, Ary Abittan, Sofiane Bennacer…

Je continue ou j’arrête ? Il m’a fallu trente secondes de réflexion pour réunir cette quinzaine de noms d’acteurs et de réalisateurs. Et pourtant, c’est bien Adèle qui récolte la haine et la riposte quand toutes les « bonnes » raisons sont trouvées pour justifier la présence des « monstres » du cinéma… « Des accusations fausses et erronées… », a prévenu Thierry Frémaux, Secrétaire général du Festival de Cannes, déclarant qu’il n’avait pas suivi les déboires judiciaires de Johnny Depp : « Je ne sais pas de quoi il s’agit, je m’intéresse à Depp comme acteur », « Adèle Haenel ne pensait pas en ces termes lorsqu’elle venait à Cannes en tant qu’actrice, tout au moins j’espère qu’elle n’y souffrait pas de dissonance. »

Est-ce comme cela que l’on doit s’adresser à une victime qui n’avait que douze ans au moment des faits ? Bien sûr qu’il y de la dissonance chez les victimes, bien sûr qu’il y a de la dissociation dans les têtes et les corps. Sinon comment survivre ? En s’évadant, en regardant sur la toile des vies, des aventures extraordinaires qui s’y déroulent, des actrices qui s’échappent et nous emmènent ailleurs quand nos vies sont trop difficiles. Le cinéma est beau et juste quand il est porté par des acteurs et des actrices vraies, entières, intègres. Vous allez nous manquer Adèle.

Carine Delahaie

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