Édito : D’un côté un crayon, de l’autre le chaos…

« J’aimerais une harmonie un peu plus grande », disait Cabu ; lui, l’éternel « copain d’avant » à la coupe de playmobil qui a bercé mon enfance de ses dessins au Club Dorothée. Tout ce que voulait cet antimilitariste après avoir enduré, comme tous les jeunes hommes de son âge, 27 mois en Algérie, c’était un peu d’harmonie et de jazz… Et surtout qu’on arrête de produire des armes pour s’assurer de ne plus vivre de guerres. L’idée était, comme ses dessins, complexe à réaliser mais d’une évidente simplicité. D’un côté un crayon, de l’autre une kalachnikov et le chaos… Le procès des attentats de janvier 2015, celui contre nos camarades de Charlie Hebdo se déroule en ce mois de septembre et finalement les victimes continuent de ne pas être réellement reconnues comme telles. Il y a toujours un imbécile au fond de la classe pour expliquer que « Quand même ils n’y allaient pas avec le dos de la cuillère… », comprenez « Ils l’ont un peu cherché… » Leurs crayons continuent d’être pointés comme plus dangereux que les armes de poing qui les ont assassinés. Et les survivant.e.s de titrer : Tout ça pour ça ! Parce […]

Édito : La gauche est-elle morte avec Bedos ?

Guy Bedos est mort. Le dernier des Mohicans ? La gauche est-elle morte avec Bedos ? La gauche cohérente est morte avec Bedos, c’est sûr. Celle qui ne transige pas, celle qui ne fait pas de quartier avec le racisme et le droit des migrant.e.s, celle qui ne dirait jamais « oui mais quand même il faut voir… » mais plutôt « allons-y, on ne peut pas ne pas y aller… ». Pour transformer une enfance pauvre et violente en une paternité robuste et flamboyante, il faut du courage et surtout de la cohérence. En fait, Bedos nous rassurait précisément parce qu’il était cohérent. S’il y avait une réac’, un cul-béni à rosser, c’était pour Bedos ! Un sans-papier à parrainer, c’était pour Bedos ! Un « arabe », une « salope » à protéger, c’était pour Bedos ! Et au mépris des coups de com’ et de la société bien pensante. Bedos disait que Simone Signoret avait été sa professeure de Sciences-po, lui le gamin d’Alger qui avait manqué l’école. À eux deux, ils ont porté la gauche sur leurs épaules. Parce que la gauche ne s’est jamais aussi bien portée que quand ses enfants la chahutaient sans trembler […]

Édito : Vivre et rêver nos vies

Comment réagir à l’actualité, analyser l’actualité quand il n’y a plus d’actualité… Quand il n’y a plus qu’une seule actualité. Que tout tourne autour de la Covid-19, que nos peurs, nos joies, nos manques, nos vies en somme tournent autour du même sujet ? Quand faire deux phrases de suite sans en parler devient difficile. Je dédis ce numéro à toutes celles et tous ceux qui nous ont quittés trop tôt en un éclair, quel que soit leur âge. Et aussi aux femmes et aux enfants que le confinement a enfermés face à la violence quotidienne. Y penser reste intolérable. Nous n’avions, comme toutes les autres rédactions, plus grand chose à dire en dehors de la crise sanitaire. Curieuse expérience. Alors nous l’avons menée jusqu’au bout. Chacun.e de nous a repris sa plume pour donner de la période sa vision, son point de vue, son image, librement, sans format préalable et sans savoir ce que serait ce journal. Notre ambition est qu’il donne à voir ce que nous sommes, ce que nous avons été : une rédaction plurielle et singulière. Je remercie tous mes petits camarades de la rédaction qui m’ont personnellement inspirée et mobilisée pour écrire dans cette période […]

Édito : Pisser en public… cet acte violent et sexiste

Le 28 février, sept FEMEN étaient définitivement relaxées des accusations d’exhibition sexuelle après avoir utilisé leur torse nu dans des manifestations publiques pour protester contre les violences faites aux femmes. Cette décision met fin à dix années d’un combat féministe acharné contre l’hyper sexualisation du corps des femmes qui nous réduit à des objets sexuels sans nous autoriser à utiliser nos corps pour revendiquer et donc être à égalité avec les hommes. Voilà des siècles que nous supportons chaque été les hommes torse nu afin qu’ils soient plus à leur aise et que la soi-disant décence nous l’interdit en ville. La pudeur ne se décrète pourtant pas, elle se choisit, c’est une décision de l’intime, elle résulte d’un choix individuel dans le respect de la loi. Et la question vient d’être tranchée par la justice. Montrer son torse dans l’espace public n’est plus du registre de l’exhibition ni de la délinquance sexuelle pour les femmes. Nos corps nous appartiennent, aussi. Hier matin, comme plusieurs fois par semaine, j’ai vu un homme uriner sur la voiture devant moi, ce qui est interdit et proprement… dégueulasse. 14h, parking public, deux jeunes hommes vidaient joyeusement leur vessie dans un recoin. Ce matin, en […]

Édito : Ce que disent nos silences…

Polanski, Besson, Allen… Matzneff, les « affaires » se succèdent, se ressemblent. D’aucun.e.s s’y intéressent comme si elles venaient de surgir et de nous être révélées. Et, bien vite la vérité du net, ce mouchard auquel rien n’échappe, nous rappelle que ces affaires sont connues depuis au mieux des années, au pire des décennies. Et voici que s’avance le bal des « faux culs » et ses « c’était une autre époque… » Comme si les violences sexuelles étaient plus acceptables il y a trente ans qu’aujourd’hui. Et d’autres posant cette question : « Pourquoi l’affaire sort aujourd’hui ? » Ce qui est faux, dans la majorité des cas tout le monde savait. Il serait plus intéressant de se demander ce que le silence dit de nous quand les mots s’ajoutent aux mots jusqu’à en perdre leur sens. Nos silences parlent pour nous, disent nos lâchetés, nos peurs, nos ombres quand les mots eux ne révèlent que l’évidence. Tout ce qu’il y a à savoir sur ces crimes est connu mais cadenassé par nos silences. La preuve par trois : pour comprendre que les faits étaient connus, Il faut revoir cet extrait d’Apostrophes de 1990 dans lequel Bernard Pivot interroge […]

Édito : Ferme ta gueule !

Dans son roman autobiographique Le mort qu’il faut, paru en 2001, Jorge Semprun écrivait : « On peut tout dire, mais on ne peut pas tout entendre. » Déporté à l’âge de vingt ans au camp de Buchenwald, celui-ci se remémore, cinquante-sept ans après, les faits du “souvenir le plus marqué qui [lui] soit resté de l’épisode de [sa] vie”, à savoir d’avoir échangé son identité avec celle d’un jeune homme mourant pour survivre. De son propre aveu, Semprun aura oublié pendant presque soixante ans cet épisode traumatisant, ayant pour lui-même parlé « d’amnésie volontaire », vitale pour désigner son silence face à l’expérience concentrationnaire. Il en est ainsi pour beaucoup d’entre nous face aux petits et grands traumatismes. Avons-nous la possibilité de nous souvenir et même la maîtrise de notre propre expression face au drame ? Dans cette phrase, Semprun ne nous alerte pas seulement sur notre faculté à parler mais sur le risque que notre parole ne soit pas entendue ou pire, acceptée. Lorsque l’enfant homosexuel.le n’ose dire à ses parents qu’il ou elle est ce qu’il ou elle est, lorsque l’enfant victime d’inceste n’ose dénoncer le membre de sa famille, lorsqu’une femme violée n’ose s’exprimer parce qu’elle […]

Édito : La promesse des femmes

Il y a soixante-quinze ans, le 25 août 1944, le général Leclerc entre dans Paris, suivi des troupes américaines et vient à la rencontre du peuple de Paris insurgé sous le commandement du colonel Rol-Tanguy, avant de défiler le lendemain avec le général de Gaulle sur les Champs-Elysées. Ces heures magnifiques de notre Histoire doivent être enseignées, racontées aux jeunes générations parce que notre pays n’est pas seulement la colonisation ou la collaboration, la France est aussi celle de ces jeunes résistant.e.s qui donnèrent leur vie et leur jeunesse pour libérer notre pays. Ils s’appelaient Julien Lauprêtre, Madeleine Riffaud, Cécile Rol-Tanguy… Depuis le 25 août 2019, la « Libé » a son musée que vous découvrirez dans ce magazine. Vous apprendrez qu’en 2013 Cécile Rol-Tanguy, résistante qui tapa l’ordre d’insurrection parisienne sur sa machine à écrire dans le QG de son mari, est venue voir Anne Hidalgo dans son bureau de première adjointe avec les plans du fameux QG, Place Denfert-Rochereau. Une promesse fut alors faite par l’élue à la résistante, l’ouverture d’un musée regroupant toutes les collections existantes ou à rassembler sur la libération et l‘insurrection parisienne en cas de victoire aux élections en 2014. Six ans plus tard, […]

Édito : Survivre pour vivre…

Elle s’appelle Ginette Kolinka, elle est une des dernières rescapées du camp d’Auschwitz-Birkenau, matricule 78599. Il s’appelle Elie Buzyn, il est un des derniers rescapés du camp d’Auschwitz-Birkenau, matricule 137572. En ce printemps 2019, elle publie Retour à Birkenau, il publie Ce que je voudrais transmettre, deux livres d’une importance majeure pour la période dans laquelle nous vivons après des élections européennes qui signent l’installation d’une nouvelle forme de fascisme sur notre continent. Deux livres qui permettaient à François Busnel de réunir ces deux personnalités, le 8 mai dernier, lors de son émission La grande librairie. À l’heure où chacun.e veut parler et penser pour les autres, Ginette Kolinka assure que son témoignage n’est pas infaillible, mais il est le reflet de son unique expérience. La littérature met en mots l’indicible, l’inaudible et offre un champ infini pour la pensée. De Primo Levi à Charlotte Delbo jusqu’aux derniers récits de Marceline Loridan-Ivens, Marie-José Chombart de Lauwe, Elie Buzin et Ginette Kolinka, la formule de Jorge Semprun « l’écriture ou la vie » prend tout son sens au fil des années. L’écriture est résilience pour celui qui écrit, pour celui qui lit. Ginette Kolinka et Elie Buzyn étaient condamnés à mourir […]

Édito : En direct du Conseil d’insécurité des Nations unies…

“Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel”, Nadia Murad, survivante yézidie qui a dénoncé les violences de l’État islamique sur son peuple, Prix Nobel de la paix. « Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes ? », Denis Mukwege, médecin, Prix Nobel de la paix. Le 23 avril dernier, Nadia Murad, survivante yézidie qui dénonce inlassablement les violences de l’État islamique sur son peuple, et Denis Mukwege, célèbre médecin qui prend en charge des survivantes de viols au Congo, tous deux Prix Nobel de la paix en 2018, ont dénoncé l’impunité dont bénéficient les auteurs de violences sexuelles en temps de conflit. Ils étaient invités à s’exprimer devant le Conseil de sécurité de l’ONU, actuellement présidé par l’Allemagne, qui proposait une résolution “courageuse” sur cette question. Devant le risque de veto des USA, la résolution a été vidée de tout son sens et notamment de toute terminologie faisant état de la santé relative aux « droits sexuels et reproductifs ». Cette mention, comme toute référence à la contraception ou à l’avortement, est systématiquement rejetée des négociations internationales par les USA depuis l’élection de Trump. Évidemment, la demande de création systématique de tribunaux nationaux et internationaux […]

Édito : Du “cul” et rien d’autre…

En rentrant chez moi, un soir de février à quelques jours du 8 mars, qui, je le rappelle pour les durs d’oreilles, est la Journée internationale des droits des femmes, je « tombe », trônant sur le panneau publicitaire d’un abri de bus, sur la dernière campagne de la marque Le temps des cerises, intitulée « Liberté, égalité, beau fessier » présentant les fesses d’une femme dans un jean de la marque. Même le 8 mars, rien ne nous abrite du sexisme le plus crasse. C’est vrai que ce n’est pas comme si nous avions vécu une année de débats et d’actions après l’affaire Weinstein dénonçant l’impunité des agresseurs sexuels. Ce n’est pas comme si, depuis des années, nous nous époumonions à expliquer que les violences faites aux femmes sont un continuum qui s’épanouit dans la culture du viol, prend racine dans l’hypersexualisation des femmes et des filles en général, et parfois même des fillettes. Plus ça change, plus c’est la même chose. Finalement, on n’a pas trouvé mieux pour vendre un jean que d’en faire une histoire de fesses. Attention à ne pas prendre certains désirs pour des réalités : la photo a été retouchée, c’est même écrit sur […]

Édito : L’honneur de la France

Le 11 novembre 2018, la France rendait hommage aux soldats de la Grande guerre. Quelle n’a pas été ma surprise en découvrant à la une d’un célèbre magazine vantant « le poids des mots et le choc des photos » que le dictateur Ismaïl Omar Guelleh, IOG, Président de Djibouti, figurait en bonne place sur la photo de famille. Au nom de quoi ? Certainement de nos arrangements pour maintenir une base aérienne dans la corne de l’Afrique. Il n’a pas été publié une photo de cette cérémonie où le Président djiboutien ne figure dans la perspective du Président Emmanuel Macron. Pour le coup, le choc fut rude car le symbole meurtrier. Alors que le gouvernement français, pour des raisons d’État, n’a jamais voulu tendre la main aux dix femmes djiboutiennes en grève de la faim dans les locaux de l’association Femmes solidaires en avril 2016, les plus hautes instances de l’État s’affichent avec leur bourreau. Ces femmes afars, membres d’une minorité considérée comme opposante au pouvoir, dénoncent les viols perpétrés par des soldats de l’armée djiboutienne, pour certains très proches d’IOG, et ce en toute impunité. Et voilà que les honneurs sont rendus publiquement au commanditaire de tant d’exactions. […]

Édito : Centenaire 14/18 mortes pour qui ?

Il y a cent ans, l’armistice de la première guerre mondiale était signé le 11 novembre 1918 à Rethondes. Comme tous les grands moments de l’Histoire, celui-ci s’est écrit en rendant invisibles les femmes. Et pourtant… À y regarder de plus près, elles n’ont pas été absentes, ni sur le front, ni sur les départements de l’arrière, ni dans leurs villes, ni dans les campagnes. Que n’a-t-on raconté sur les femmes et la guerre de 14 ? On aime à expliquer que la guerre a marqué le début du travail des femmes, ce qui est faux. Les femmes travaillaient déjà et depuis toujours notamment dans les champs, les fermes, les entreprises et usines familiales. Il a juste été (enfin) obligatoire de les payer pour occuper les places laissées vacantes par leurs maris, leurs frères, leurs fils, en plus du travail quotidien qu’elles ont continué d’effectuer. Alors que le 7 août 1914, René Viviani, Président du Conseil, appelait les femmes à se mobiliser pour maintenir la production et l’approvisionnement des populations, l’État, et ce depuis cent ans, n’aura jamais officiellement rendu hommage à ces mêmes femmes pour service rendus à la France, ni en discours, ni en actes, ni en pécules. […]

Édito : Faire le deuil de qui nous étions

Sans ironie aucune en se remémorant ces oeuvres, ces artistes, en revisitant ces rendez-vous télévisuels qui ont produit du rêve et nous ont souvent aussi procuré du plaisir, donné l’envie d’avancer dans la vie, je me rends compte après une année de libération de la parole dans le milieu artistique qu’il nous faut faire le deuil d’une partie de notre enfance et de notre adolescence. La tumeur est énorme. Les exemples sont infinis de programmes, de chanteurs, d’acteurs, de chefs d’oeuvre du cinéma qui furent les théâtres de violences faites aux femmes ou qui véhiculèrent les idées les plus phallocrates ou tout simplement la haine des femmes. Comment faire l’impasse sur ces posters de David Hamilton accrochés dans nos chambres d’adolescent.e.s, ces séquences du Cocoricocoboy avec ses playmates et son gong noir tout droit sorti des colonies, l’adipeux Benny Hill harcelant sexuellement toutes les filles qu’il croisait, même celles qui avaient l’air d’être sa petite-fille, combien de shows des Carpentier (et si…) avec des potiches et des jeunes chanteurs à la moustache 70, de Sardou, de Claude François, la main conquérante sur la hanche d’une Jeane Manson ou d’une Petula Clarke soumises et souriantes. Combien enfin de soirées sur M6 en pyjama devant Cosby show, avec la gentille famille Uxtable dont l’acteur Bill Cosby […]

Édito : La même source…

Au moment de jeter ce dernier coup d’oeil sur votre magazine alors qu’il n’existe pas encore au-delà du virtuel sur mon écran d’ordinateur, je me rends compte que vous y découvrirez cet été, une fois de plus, le pire mais aussi le meilleur. C’est une exigence de l’équipe de tenir les deux en équilibre. Le monde dans lequel nous vivons continue de nous meurtrir mais il enfante chaque matin le meilleur de lui-même, une génération de jeunes gens, garçons et filles, qui abordent leur vie avec un nouveau regard, de nouvelles envies. Que de temps parcouru depuis le procès des violeurs d’Anne Tonglet et de sa compagne Araceli Castellano défendues par Gisèle Halimi. L’affaire, jugée en 1978, avait contribué à requalifier le viol en tant que crime et non plus comme délit. Difficile d’accepter qu’aujourd’hui des milliers de jeunes filles continuent de se battre pour « prouver » leur non consentement lors du viol qu’elles ont subi. Mais un vent d’espoir pourrait bien tourner les pages du magazine et vous y croiserez, qui sait, le regard de Cate Blanchett et d’Asia Argento qui auront largement contribué à faire de 2018, une année charnière en faisant entrer à Cannes un souffle de […]

Édito : Courageuse #Mercy comme un enfant…

À l’occasion de mon précédent édito, j’évoquais le sort de la petite Mercy, née le 21 mars 2017 sur l’Aquarius, ce bateau qui rend sa fierté à notre continent, sauvant des migrant.e.s en Méditerranée alors que l’Europe les laisse mourir dans l’indifférence. Sa maman, jeune nigériane, avait embarqué en Lybie sur une coquille de noix dans un océan de peur. Mercy était alors venue au monde en mer. Selon l’AFP, plus de trente enfants sont né.e.s en Méditerranée depuis le début des traversées. Alors que le 12 mai prochain, Emilie Satt et Jean-Karl Lucas défendront les couleurs de la France avec le titre Mercy inspiré de son histoire, l’Assemblée nationale adopte la loi « pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » le 22 avril dernier. Dans le même temps, des journalistes de France Inter, Alessandro Puglia et Eric Valmir, retrouvent Mercy et sa maman Taïwo près de Catane, en Sicile, dans le plus grand camp de réfugié.e.s d’Europe. En fait, si la chanson finit par « Je vais bien merci… », nous n’en sommes pas vraiment sûr.e.s, la vie dans un camp de réfugié.e.s est assez terrible. Loin de moi l’idée d’assombrir le travail des deux artistes […]

Édito : Paradoxal #MERCY

Le 27 janvier dernier, la France a pris une décision importante. Elle a désigné la chanson Mercy du groupe Madame Monsieur pour la représenter au concours de l’Eurovision 2018. Ce groupe, encore inconnu quelques minutes avant sa prestation, était plébiscité dès son passage par des milliers d’internautes sur les réseaux sociaux, dont Anne Hidalgo en personne, première magistrate de Paris s’il vous plaît… Il faut dire que la chanson raconte l’histoire vraie d’une petite fille née en Méditerranée sur un bateau de bénévoles venus secourir sa mère, une des dizaines de milliers de migrantes qui prend la mer chaque année pour tenter la traversée de l’espoir. Et ces traversées, on le sait, se terminent souvent par des morts atroces et anonymes. Cependant, la petite Mercy est bien née, et je me suis finalement demandée si ce n’est pas justement parce qu’elle s’en est sortie qu’elle a tant impressionné le public français qui est tombé en amour pour le bébé. Mercy, une sorte de « wineuse » des temps modernes, capable d’écrire son propre destin. Paradoxal choix des Français qui, alors qu’ils s’enfoncent depuis des décennies dans des politiques migratoires meurtrières, dans des politiques antisociales, font entrer l’extrême droite au Parlement […]

Édito : 7, 8, 9 janvier 2015. Mort.e.s pour la France

Déjà trois ans et chacun.e de nous se souvient de ce qu’il faisait quand, en matinée du mercredi 7 janvier 2015, nous avons appris que la conférence de rédaction de Charlie Hebdo venait d’être la cible de tirs. Et puis les noms des victimes sont tombés. Le mois de janvier ne sera plus jamais comme avant dans notre pays, même si certains avancent l’idée qu’il faudrait tourner la page… Bien sûr que pour les familles des victimes, pour les survivant.e.s de Charlie, de l’Hyper Cacher, aucune page ne peut être tournée. Mais aussi pour l’idée que l’on se fait de notre nation, aucune page ne peut être tournée. Ces crimes ne sont pas seulement des crimes terroristes, ce sont des crimes politiques. Les victimes du 7 janvier 2015 ont été désignées pour ce qu’elles et ils étaient et pas seulement pour ce qu’elles et ils représentaient. Pour la première fois en France, il y eut une fracture publique entre ceux qui leur rendaient hommage et ceux qui s’y refusaient. Et des victimes d’attentats furent désigné.e.s par certains comme responsables de leur assassinat, alors même qu’ils n’étaient pas enterré.e.s. Ce ne fut pas seulement par la parole de gamins écorchés, pas […]

Édito : Effet papillon et théorie du chaos

Bien que nous ne soyons pas un magazine scientifique, je souhaitais m’arrêter quelques minutes sur un phénomène observé par des mathématicien.e.s et météorologues de renom. Je veux parler de l’effet papillon et de son corollaire, la théorie du chaos. Le premier fut exposé par le prestigieux météorologue Edward Lorenz lors d’une conférence en 1972 intitulée « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » Vous vous demandez sans doute où je veux en venir, consciente que j’écris ici dans un magazine féministe ? Eh bien, je me suis demandé ce qui avait permis à la première des 94 actrices courageuses qui ont dénoncé les crimes et délits sexuels d’Harvey Weinstein de libérer sa parole. S’est-elle levée un matin, s’est-elle servi un café, a-t-elle ouvert son journal ou rejoint sa salle de gym ? Y avait-il du soleil ?… S’est-elle regardée dans une glace ? A-t-elle senti une tension entre l’estomac et le sternum, à cet endroit précis ou une bouffée d’air ouvre les champs du possible ? Elle a sans doute allumé la radio, on passait un morceau de Queen à lever les foules dans un stade ou juste une ballade de Jeff […]