Marceline Loridan-Ivens – La braise au milieu des cendres

Il aura fallu cinquante ans à Marceline Loridan-Ivens pour revenir physiquement à Auschwitz, elle qui n’a cessé d’y revenir chaque jour, chaque nuit. Pourtant femme d’image, elle se consacrait à l’écriture depuis quinze ans. Sous la plume, la mémoire revenait par bribes. Elle s’est éteinte à quatre-vingt-dix ans. « Je ne suis pas une déportée, je suis une survivante. Je n’étais pas destinée à revenir. » En octobre 1991, à l’occasion d’un festival de cinéma en Pologne, Marceline Loridan-Ivens revient à Auschwitz. « Une fois dans mon bloc […], j’ai pris une échelle, je suis montée dans ma coya, celle du haut. 1,90 m de large sur 1,80 m de long, cinq à six personnes par coya. J’ai enlevé mon manteau et je me suis mise comme nous étions. Même pas à plat dos, en chien de fusil. Et là, j’ai eu le sentiment d’être un rat. Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi. […] Peut-être que j’aurais pu y rester des jours. […]

Le savoir des sorcières

Pharmaciennes, guérisseuses, docteures populaires… Les mystérieuses sorcières sont avant tout des femmes savantes, partageant leurs savoirs avec d’autres femmes et soignant chacun.e sans distinction de moyens. Persécutées par le patriarcat, torturées et tuées, leurs descendantes, elles, sont pourtant bien présentes ! Le mot « sorcière » signifie étymologiquement « diseuse de sort » (sortiarus en latin). Sous ce vocable, elle apparaît comme détentrice de pouvoirs magiques et de ce fait dangereuse car elle empiète sur les champs temporel et spirituel du patriarcat. La sorcière est donc poursuivie, brûlée en place publique en Europe du XVe au XVIIIe siècle pour alliance avec le diable par les inquisiteurs de l’Église catholique alors toute-puissante. Pourtant, la sorcière de village d’autrefois est tout à la fois herboriste, jeteuse de sort, interprète des rêves, guérisseuse, sage-femme et psychologue. Alors que seules les saignées sont à l’ordre du jour des hommes de la médecine orthodoxe, la sorcière, seule ressource pour les pauvres gens dans les endroits reculés des villages, propose des breuvages […]