Édito : Ce que disent nos silences…

Polanski, Besson, Allen… Matzneff, les « affaires » se succèdent, se ressemblent. D’aucun.e.s s’y intéressent comme si elles venaient de surgir et de nous être révélées. Et, bien vite la vérité du net, ce mouchard auquel rien n’échappe, nous rappelle que ces affaires sont connues depuis au mieux des années, au pire des décennies. Et voici que s’avance le bal des « faux culs » et ses « c’était une autre époque… » Comme si les violences sexuelles étaient plus acceptables il y a trente ans qu’aujourd’hui. Et d’autres posant cette question : « Pourquoi l’affaire sort aujourd’hui ? » Ce qui est faux, dans la majorité des cas tout le monde savait. Il serait plus intéressant de se demander ce que le silence dit de nous quand les mots s’ajoutent aux mots jusqu’à en perdre leur sens. Nos silences parlent pour nous, disent nos lâchetés, nos peurs, nos ombres quand les mots eux ne révèlent que l’évidence. Tout ce qu’il y a à savoir sur ces crimes est connu mais cadenassé par nos silences. La preuve par trois : pour comprendre que les faits étaient connus, Il faut revoir cet extrait d’Apostrophes de 1990 dans lequel Bernard Pivot interroge […]

Laïques et fondamentalement libres

À l’occasion de la parution de son livre Qui veut tuer la laïcité ?, nous sommes allées à la rencontre de son autrice, la journaliste Marika Bret, et d’une autre autrice et journaliste, Tania de Montaigne, histoire de discuter dans un café parisien des attaques contre la laïcité et de ce qu’elles révèlent de notre rapport à l’identité et à la pensée politique. Et si la vraie question portée par la laïcité, c’était celle de notre capacité à être libres ? Discussion. Historiquement, la gauche était porteuse des combats laïques. Parfois anticlérical, son discours a beaucoup évolué ces dernières années. Quelle analyse portez-vous sur la gauche et la laïcité ? Marika Bret : La gauche a trahi. La laïcité étant un acquis, nous n’en parlions tout simplement pas. Pour situer le basculement, on pourrait partir de 1989, de la fatwa contre l’auteur des Versets sataniques, Salman Rushdie. Ariane Mnouchkine le rappelle volontiers aujourd’hui, c’était très difficile à l’époque pour elle de faire comprendre aux intellectuel.le.s et politiques que si on laissait passer cette fatwa, on laisserait tout passer. La laïcité est une valeur protectrice, elle était vécue comme telle et non comme un empêchement. Bien sûr, il y avait toujours […]

Décryptage : la réforme des retraites point par point

Christiane Marty, ingénieure-chercheuse, membre de la Fondation Copernic, analyse pour Clara-magazine la réforme des retraites, réforme largement contestée depuis plusieurs semaines. La réforme des retraites fait l’objet d’une contestation sans précédent, avec une grève dépassant déjà en durée celle de 1995. Quels sont les principaux points de désaccord autour de cette réforme ? Le gouvernement entend instaurer un changement systémique, avec un régime de retraites se voulant universel (en supprimant les régimes spéciaux), fonctionnant par points et non plus en annuités, et, surdéterminant le tout, en plafonnant les dépenses de retraite à leur niveau actuel, soit 14 % du produit intérieur brut (PIB). Alors que la proportion de retraité.e.s dans la population va augmenter, limiter la part de la richesse produite qui leur revient signifie programmer leur appauvrissement par rapport à la population active. C’est inacceptable, à plus forte raison lorsqu’on affiche l’objectif de renforcer la cohésion sociale. Tous ces points représentent une régression sociale et une pénalisation particulière des personnes aux carrières heurtées, en particulier les femmes. Ils suscitent, à juste titre, une large contestation de la part d’une majorité des syndicats et des associations féministes. De plus, alors que la réforme avait été annoncée comme répondant uniquement à […]

Édito : Ferme ta gueule !

Dans son roman autobiographique Le mort qu’il faut, paru en 2001, Jorge Semprun écrivait : « On peut tout dire, mais on ne peut pas tout entendre. » Déporté à l’âge de vingt ans au camp de Buchenwald, celui-ci se remémore, cinquante-sept ans après, les faits du “souvenir le plus marqué qui [lui] soit resté de l’épisode de [sa] vie”, à savoir d’avoir échangé son identité avec celle d’un jeune homme mourant pour survivre. De son propre aveu, Semprun aura oublié pendant presque soixante ans cet épisode traumatisant, ayant pour lui-même parlé « d’amnésie volontaire », vitale pour désigner son silence face à l’expérience concentrationnaire. Il en est ainsi pour beaucoup d’entre nous face aux petits et grands traumatismes. Avons-nous la possibilité de nous souvenir et même la maîtrise de notre propre expression face au drame ? Dans cette phrase, Semprun ne nous alerte pas seulement sur notre faculté à parler mais sur le risque que notre parole ne soit pas entendue ou pire, acceptée. Lorsque l’enfant homosexuel.le n’ose dire à ses parents qu’il ou elle est ce qu’il ou elle est, lorsque l’enfant victime d’inceste n’ose dénoncer le membre de sa famille, lorsqu’une femme violée n’ose s’exprimer parce qu’elle […]

Degas et Lautrec – Ces femmes exposées

Il est indispensable de comprendre la condition du peuple parisien pour aborder les représentations artistiques du XIXe siècle, notamment celles de deux peintres majeurs : Edgar Degas et Toulouse-Lautrec dont de grandes rétrospectives sont présentées à Paris en cette fin d’année. Le dix-neuvième siècle est, pour le peuple de Paris, celui de la misère sociale, celui des tâcheron.ne.s et des métiers de forçats. Nombre de femmes travaillent sans que leur salaire suffise à faire vivre la famille. Parmi elles, les blanchisseuses dont certaines d’entre elles déposent les paniers de linge le soir venu pour rejoindre les trottoirs des grands boulevards. Parmi ces enfants de la pauvreté, il y a les petites danseuses de l’Opéra de Paris obligées d’accepter le « protectorat » de vieux birbes sans scrupules. La misère sociale et sa soeur jumelle la prostitution pousseront le peuple de Paris vers l’insurrection de 1871 et la Commune de Paris. Les peintres, dont Toulouse-Lautrec et Degas qui bénéficient cet automne de grandes expositions, auront côtoyé avec plus ou moins de complaisance cette société « trash » de la fin du xixe. Il est nécessaire de ne pas seulement s’arrêter à la beauté du geste pour regarder la réalité d’une société […]

Nadia Tazi – La virilité décryptée

Nadia Tazi, philosophe et directrice de programme au Collège international de philosophie de 2006 à 2012, explore la virilité dans le monde musulman dans un essai fouillé et passionnant, intitulé Le genre intraitable. La prévalence séculaire du mâle y est décortiquée minutieusement, des temps pré-islamiques à son incidence contemporaine. Fruit d’un programme de conférences que Nadia Tazi a dirigé au Collège international de philosophie, ce premier ouvrage sur la virilité dans le monde musulman est un livre érudit et intense. L’auteure, constatant que la question des masculinités est souvent ignorée, invite à mieux cerner les origines d’un système de domination au fondement d’un despotisme machiste politique et social. Aux origines du mâle « Certes le machisme existe partout, mais il n’a pas la même portée, pas les mêmes sources, pas les mêmes lois. Le virilisme détermine la nature même des gouvernements et explique pour une large part la crise interminable que subissent les peuples musulmans. Comment aborder le problème ? », interroge l’universitaire, sinon au croisement des disciplines – histoire, philosophie, sociologie, anthropologie… – et aux confluents des deux rives de la Méditerranée. Des temps pré-islamiques au cours desquels les grands nomades chameliers, caste guerrière, assurent la survie du clan […]

Édito : La promesse des femmes

Il y a soixante-quinze ans, le 25 août 1944, le général Leclerc entre dans Paris, suivi des troupes américaines et vient à la rencontre du peuple de Paris insurgé sous le commandement du colonel Rol-Tanguy, avant de défiler le lendemain avec le général de Gaulle sur les Champs-Elysées. Ces heures magnifiques de notre Histoire doivent être enseignées, racontées aux jeunes générations parce que notre pays n’est pas seulement la colonisation ou la collaboration, la France est aussi celle de ces jeunes résistant.e.s qui donnèrent leur vie et leur jeunesse pour libérer notre pays. Ils s’appelaient Julien Lauprêtre, Madeleine Riffaud, Cécile Rol-Tanguy… Depuis le 25 août 2019, la « Libé » a son musée que vous découvrirez dans ce magazine. Vous apprendrez qu’en 2013 Cécile Rol-Tanguy, résistante qui tapa l’ordre d’insurrection parisienne sur sa machine à écrire dans le QG de son mari, est venue voir Anne Hidalgo dans son bureau de première adjointe avec les plans du fameux QG, Place Denfert-Rochereau. Une promesse fut alors faite par l’élue à la résistante, l’ouverture d’un musée regroupant toutes les collections existantes ou à rassembler sur la libération et l‘insurrection parisienne en cas de victoire aux élections en 2014. Six ans plus tard, […]

Sororité et résistance pour le premier film de Caroline Fourest

Elle présente en cette rentrée sa première fiction au cinéma, Soeurs d’armes, un film de guerre féministe, dans lequel deux jeunes Françaises, Kenza – Camélia Jordana – et Yaël – Esther Garrel –, rejoignent une brigade internationale de la résistance kurde pour combattre Daech. Zara, une rescapée yézidie, les rallie pour venger son père et sauver son petit frère. Rencontre avec Caroline Fourest, réalisatrice. Quand t’est venue l’idée du film ? Après l’attentat du 7 janvier, il devenait difficile de répondre à toute la folie qu’on pouvait subir et entendre aussi calmement qu’avant. J’ai commencé à sentir un bouillonnement intérieur, des émotions qui débordaient. J’ai ressenti le besoin de les mettre quelque part, de les déposer, de les transcender pour qu’elles ne me consument pas. La fiction a été pour moi cette voie de sortie. Sept ans avant l’attentat contre Charlie, j’avais écrit un scénario de fiction racontant l’histoire d’un journaliste algérien qui perdait tous ses collègues et son meilleur ami dessinateur dans un attentat. Je l’avais écrit juste après le procès des caricatures. Plusieurs d’entre nous commençaient à être placés sous protection policière. Nous n’étions pas partis la fleur au fusil, nous étions parfaitement conscients des risques pris par […]

PMA : ce que propose le projet de loi relatif à la bioéthique

Le projet de loi relatif à la bioéthique sera débattu à partir du 24 septembre à l’Assemblée nationale. Il prévoit, notamment, l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Elle était une promesse de campagne du Pré-sident Hollande, puis du Président Macron. L’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules sera finalement soumise aux débats et votes des parlementaires à partir de l’automne 2019, dans le cadre du projet de loi relatif à la bioéthique. La loi actuelle autorise le recours à la PMA pour les couples hétérosexuels à la condition que l’un des deux membres du couple souffre d’une infertilité médicalement constatée. Une ouverture à toutes les femmes Le projet de loi prévoit l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, mais pas sans condition. Le centre qui prendra en charge la PMA devra procéder à la vérification de la motivation des deux membres du couple ou de la femme non mariée, effectuer leur évaluation médicale et psychologique, les informer des possibilités de réussite ou d’échec de la procédure et obtenir leur consentement par écrit à l’expiration d’un délai de réflexion d’un mois après la […]

Édito : Survivre pour vivre…

Elle s’appelle Ginette Kolinka, elle est une des dernières rescapées du camp d’Auschwitz-Birkenau, matricule 78599. Il s’appelle Elie Buzyn, il est un des derniers rescapés du camp d’Auschwitz-Birkenau, matricule 137572. En ce printemps 2019, elle publie Retour à Birkenau, il publie Ce que je voudrais transmettre, deux livres d’une importance majeure pour la période dans laquelle nous vivons après des élections européennes qui signent l’installation d’une nouvelle forme de fascisme sur notre continent. Deux livres qui permettaient à François Busnel de réunir ces deux personnalités, le 8 mai dernier, lors de son émission La grande librairie. À l’heure où chacun.e veut parler et penser pour les autres, Ginette Kolinka assure que son témoignage n’est pas infaillible, mais il est le reflet de son unique expérience. La littérature met en mots l’indicible, l’inaudible et offre un champ infini pour la pensée. De Primo Levi à Charlotte Delbo jusqu’aux derniers récits de Marceline Loridan-Ivens, Marie-José Chombart de Lauwe, Elie Buzin et Ginette Kolinka, la formule de Jorge Semprun « l’écriture ou la vie » prend tout son sens au fil des années. L’écriture est résilience pour celui qui écrit, pour celui qui lit. Ginette Kolinka et Elie Buzyn étaient condamnés à mourir […]

“Ensemble, nos voix sont plus fortes que le silence !”

Le Mouvement des survivantes de viols et violences sexuelles en République démocratique du Congo a été créé en 2017 à Bukavu. Cette organisation compte aujourd’hui plus de 2000 femmes et 58 hommes sur le plan national. Son objectif principal est d’amener toutes les femmes et tous les hommes à briser le silence. Rencontre avec Tatiana Mukanire, coordinatrice nationale du Mouvement des survivant.e.s de viols et violences sexuelles. Pourquoi avoir créé ce mouvement de femmes ? Pendant trop longtemps, les survivantes ont été oubliées. On parlait en leur nom. Les gens disaient : « Vous parlez des survivantes, mais où sont-elles ? Elles ne parlent pas ? Existent–elles ? » Mais le problème était que les survivantes elles-mêmes n’arrivaient pas à parler. Il était important qu’elles puissent se prendre en charge, comprendre que ce qui leur était arrivé était bien cette réalité qui les poursuit au quotidien. Pendant un moment, il se disait dans le pays que les violences sexuelles étaient héréditaires puisque souvent les grands-mères, les mères et même les filles d’une même famille étaient violées. Il est donc important de briser ce silence. Notre défi est d’amener la personne à combattre ces violences. Les survivantes ne parlent pas car […]

Le rock comme fil d’Ariane

Sophie Rosemont est entrée dans le monde du rock comme autrice pour Le nouveau dictionnaire du rock de Michka Assayas. Journaliste pour Rolling stone, Les Inrocks ou Paris-Match, elle chronique aussi sur France culture pour « La dispute ». Elle signe Girls rock, un ouvrage à la playlist entièrement au féminin… Bonjour Sophie Rosemont, une question avant toutes les autres : qu’est-ce que le rock ? Une posture ou un genre musical ? Peut-être les deux ? Vous citez Dolly Parton ou Aretha Franklin dans ce livre comme des rockeuses, étonnant ? J’ai justement essayé d’éviter la posture. Ce n’est pas un dictionnaire, mais plutôt un ouvrage sélectif. Dans ce livre, je choisis qui je veux. Une Dolly Parton sur le plan musical a des côtés rock. Par certains arrangements, sur certains morceaux et des intonations de voix. En fait la Country, c’est avant tout de la guitare. Et au fond le rock, c’est quoi ? De l’audace, une musique de contestation. Au même titre que le hip hop. Tout le monde pense à une guitare électrique quand il pense rock. Mais pas seulement, une guitare sèche, un piano peut être rock ! D’où le choix de parler de Véronique […]

Édito : En direct du Conseil d’insécurité des Nations unies…

“Pas une seule personne n’a été traduite en justice pour esclavage sexuel”, Nadia Murad, survivante yézidie qui a dénoncé les violences de l’État islamique sur son peuple, Prix Nobel de la paix. « Qu’attend la communauté internationale pour rendre justice aux victimes ? », Denis Mukwege, médecin, Prix Nobel de la paix. Le 23 avril dernier, Nadia Murad, survivante yézidie qui dénonce inlassablement les violences de l’État islamique sur son peuple, et Denis Mukwege, célèbre médecin qui prend en charge des survivantes de viols au Congo, tous deux Prix Nobel de la paix en 2018, ont dénoncé l’impunité dont bénéficient les auteurs de violences sexuelles en temps de conflit. Ils étaient invités à s’exprimer devant le Conseil de sécurité de l’ONU, actuellement présidé par l’Allemagne, qui proposait une résolution “courageuse” sur cette question. Devant le risque de veto des USA, la résolution a été vidée de tout son sens et notamment de toute terminologie faisant état de la santé relative aux « droits sexuels et reproductifs ». Cette mention, comme toute référence à la contraception ou à l’avortement, est systématiquement rejetée des négociations internationales par les USA depuis l’élection de Trump. Évidemment, la demande de création systématique de tribunaux nationaux et internationaux […]

Sport féminin : les Français.e.s en veulent plus

Pour la première fois, la France va accueillir une Coupe du monde féminine de football en juin prochain. Le succès populaire est attendu, tout comme les exploits des coéquipières d’Amandine Henry. Et après ? Cet événement majeur pourra-t-il participer à augmenter la visibilité du sport pratiqué par des femmes ? On le répète souvent : pour exister sur le plan médiatique, les athlètes féminines sont condamnées à enchaîner les exploits. Le sport pratiqué par des femmes ne représente que 17 % de l’offre sportive globale. Alors, seules les prouesses sont les bienvenues. Un contexte qui colle une sacrée pression aux Bleues. Au-delà de leur parcours sur ce Mondial, le développement de leur discipline pèse sur leurs épaules. Sandrine Dusang, ex-internationale tricolore et journaliste pour le site spécialisé Foot d’Elles, donne son avis sur la question : « Je ne crois pas que le football pratiqué par des femmes sombrera dans l’anonymat si les Françaises venaient à échouer, considère-t-elle. Plutôt que l’on retombera dans quelque chose de plus lisse. Les performances des Lyonnaises et des Parisiennes sur la scène européenne permettront de conserver une certaine attractivité autour du football au féminin. » Pour l’ancienne défenseuse centrale, l’enjeu est de pouvoir transformer l’essai, passée […]

GPA, éthique ou marchandisation ? La pomme de discorde

Gestation pour autrui ? Ce que l’on prend, ce que l’on donne La GPA est une question très ancienne. Déjà Abraham, patriarche des trois religions monothéistes, se lamente de ne pas pouvoir concevoir d’enfant avec son épouse Sarah. Elle propose alors à Abraham de faire un enfant avec sa servante Agar, qui donne naissance à Ismaël. Une grossesse pour Abraham, pour qu’il ait un enfant, est rendue possible seulement parce qu’il dispose du pouvoir symbolique et financier d’obtenir cet enfant. Le consentement de la servante Agar est-il possible ? Marie ne porta-t-elle pas l’enfant pour Dieu, pour les « Hommes », sans même donner son avis, inscrivant de fait la gestation pour autrui dans notre inconscient collectif comme une possibilité. L’histoire se décline à travers les siècles avec plus ou moins de mystère. Comment devenir parent quand on ne peut pas faire un enfant ? Pour des raisons économiques, notamment liées à l’héritage, sociales ou affectives, avoir (ou pas) une descendance cristallise des enjeux intemporels. La gestation pour autrui, ou GPA, n’est pas un phénomène récent, sa dénomination l’est. Un enfant d’une famille nombreuse donné en adoption à un frère ou une soeur adulte sans enfant, comme dans le film Intouchables*, n’est-ce pas une […]

Édito : Du “cul” et rien d’autre…

En rentrant chez moi, un soir de février à quelques jours du 8 mars, qui, je le rappelle pour les durs d’oreilles, est la Journée internationale des droits des femmes, je « tombe », trônant sur le panneau publicitaire d’un abri de bus, sur la dernière campagne de la marque Le temps des cerises, intitulée « Liberté, égalité, beau fessier » présentant les fesses d’une femme dans un jean de la marque. Même le 8 mars, rien ne nous abrite du sexisme le plus crasse. C’est vrai que ce n’est pas comme si nous avions vécu une année de débats et d’actions après l’affaire Weinstein dénonçant l’impunité des agresseurs sexuels. Ce n’est pas comme si, depuis des années, nous nous époumonions à expliquer que les violences faites aux femmes sont un continuum qui s’épanouit dans la culture du viol, prend racine dans l’hypersexualisation des femmes et des filles en général, et parfois même des fillettes. Plus ça change, plus c’est la même chose. Finalement, on n’a pas trouvé mieux pour vendre un jean que d’en faire une histoire de fesses. Attention à ne pas prendre certains désirs pour des réalités : la photo a été retouchée, c’est même écrit sur […]

Femmes, être, vivre, en mouvement

En Saône-et-Loire, dans une région fragilisée par la désindustrialisation, le mouvement Gilets jaunes est venu s’imposer comme une alternative crédible, nourrie par un instinct de survie face à une situation d’inertie meurtrière de plusieurs décennies. Rencontre avec ces femmes Gilets jaunes. Alors que Paris est marquée depuis douze semaines par les violences de part et d’autre et que chaque samedi tombe comme un couperet dans la vie de la capitale, nous décidons de partir à la rencontre des femmes gilets jaunes autour de Montceau-les-Mines. Ici, le beau temps s’est arrêté avec la fermeture des mines. Elle fut suivie de près par celle des grandes fabriques, signant la fin d’un des bassins d’emplois parmi les plus importants de la région. À la rencontre de ces femmes Evelyne Rogowicz, militante de l’association Femmes solidaires, veut nous faire rencontrer ces femmes dont tous les médias parlent sans vraiment les écouter. Evelyne n’est pas directement engagée dans le mouvement Gilets jaunes, mais tout ce qui constitue le quotidien de ces femmes la concerne, lui renvoie une réalité proche de la sienne. La vie est dure, mais il faut se battre chaque jour pour qu’un autre avenir puisse exister. Il est 14h lorsque nous arrivons au […]

Danser Pina

Durant près de quarante ans, Pina Bausch, créatrice ardente et délicate a uni, réuni, des publics et surtout des danseurs et danseuses ; vingt-quatre d’entre eux témoignent dans ce très beau livre Danser Pina. Sa chorégraphie ondoyante dans le film d’Almodovar Parle avec elle, avait ému et conquis des millions de spectateurs, rejoignant ainsi les publics admiratifs et fidèles que Pina Bausch avait séduits par le chamboulement génial des codes chorégraphiques. Marie Nimier avait écrit le roman Anatomie d’un choeur au cours duquel des individualités si différentes et parfois dissonantes parvenaient, par une passion commune pour la musique, à créer une oeuvre harmonieuse et bouleversante. Il est ici question de chorégraphie, de processus créatif, de mémoire commune. Rosita Boisseau, animatrice pendant treize ans de l’émission Spécial danse sur France Culture, rassemble vingt-quatre danseurs et danseuses de la compagnie créée par Pina Bausch, le Tanztheater Wuppertal, qui disent leurs émotions, leurs parcours, les épreuves, les enthousiasmes, leur engagement artistique. Les vingt-quatre récits, à la fois intimes et intenses, illustrés par Laurent Philippe, photographe de scène, font de cet ouvrage une délectation. Le choix des éditions Textuel d’imprimer sur des pages couleur rose pastel, référence à celle des chaussons de danse, ajoute à l’élégance […]